Mondes Emergents

Another BRICS in the world...

lundi 21 février 2011

De l'art de se serrer les coudes en milieu financier


Les grandes bourses du monde semblent être entraînées dans un long processus de concentration. Ça leur a pris d'un coup, comme une envie irrépressible de se rapprocher, de s'allier, de grandir. C'est beau...

Malheureusement, j'ai bien l'impression que le grand mouvement qui a affecté toute la planète ait été provoqué par...la peur !

Oui, la peur d'être concurrencé. Par qui ? Par deux acteurs majeurs. D'abord, on l'a lu à droite et à gauche, les plateformes de trading. Ces plateformes sont de petites entités traitant uniquement par informatique, avec un staff réduit et des produits spécialisés. Une bourse de poche en somme...

L'avantage, c'est que le développement des ces plateformes a permis à des pays qui n'avaient pas les infrastructures ou la formation financière d'attirer à eux des capitaux. C'est le cas exemplaire de l'Ile Maurice, qui est en train de devenir LA place de négoce des matières premières de l'Afrique de l'Est.

L'autre effrayante menace concerne bien évidemment les places boursières émergentes. Oui, je sais, elles sont toutes en chute libre depuis janvier.....mais permettez moi de placer un « néanmoins ». Néanmoins un mouvement d'émergence ne peut pas s'arrêter sur le premier passage à vide boursier. Disons que nous sommes dans un creux alors...

Le mouvement est d'autant plus important que c'est bien le réveil des bourses émergentes qui semble avoir été à l'origine de la recomposition. Singapour et Sydney ont annoncé l'année dernière qu'ils avaient l'intention de convoler. L'objectif : L'accès aux matières premières australiennes, et la liquidité de la place singapourienne.

Dans le même sens, le boom des matières premières, entrainé lui même par le boom des émergents (tout ça finira peut être par exploser un jour, je promets rien....), a conduit au rapprochement du LSE (London Stock Exchange) et de la bourse de Toronto, elle même bien fournie en valeurs sur les mines et l'énergie.

Bien sur, la fusion de Francfort et du NYSE-Euronext semble éclipser toute les autres. En terme de capitalisation, c'est une évidence. En terme de croissance, c'est...moins sur.

A plus long terme, l'épisode qu'il ne fallait pas rater, c'est celui-ci : Le rapprochement de la bourse de Sao Paulo et de celle de Shangaï. Double cotation et valeurs minières au menu !

La création d'un axe boursier Sino-brésilien, c'est aussi fou qu'une charnière Xavi-Iniesta, ou
qu'un duo Michel Gondry et Charlie Kaufman !



Pour l'instant, les pays émergents ne font que provoquer les vielles institutions de nos pays développés....mais après la crise d'adolescence, on continue de grandir, non ?

samedi 19 février 2011

Mondes Emergents

Le Blog change de nom et élargit son angle. Petites explications pour les quelques lecteurs fidèles...


L'idée d'origine de ce Blog était de décrypter l'arrivée des pays émergents dans le monde de l'énergie. Le Turkménistan ou le Qatar ont ainsi traversé ces pages. Le gaz naturel était peut être la seule caractéristique qui expliquait que ces deux pays se retrouvent un jour sur une même page....

La nouvelle dynamique du Blog est plus large : Les pays émergents sont ils en train de créer de nouveaux mondes ?

Les émergents ont effectivement bousculé le secteur de l'énergie. Puis ce fut le cas de l'électronique, des mines, du service informatique, du soja, des IPO....

Jusqu'en 2008, nous ne doutions pas que ces pays copiaient-collaient nos modes de vie. Nous ne doutions pas de la fascination exercée par notre modèle occidental, et leur croissance était avant tout une reconnaissance de l'efficacité de notre système économique.

Depuis 2008, le doute s'est installé....

La crise économique s'est avérée plus régionale qu'internationale. Nous nous débattons encore pour en sortir, alors que les émergents ont retrouvé en quelques mois leur taux de croissance stratosphérique. Mieux préparés que nous, la crise asiatique de 1997 était passée par là, ils ont surtout bénéficié d'une montée en puissance de la consommation locale.

Depuis, de nouveaux pays comme la Chine et le Brésil, mais aussi l'Indonésie, la Turquie ou encore l'Afrique du Sud, sont montés en puissance sur la scène internationale. Leur croissance nous fascine, mais nous arrivons de moins en moins à l'expliquer.

Vous savez pourquoi les brahmanes sont à l'origine du décollage des activités de Back office indien ?

Vous savez pourquoi Danone vend du petit lait en Russie et pas en Europe ?

Vous savez pourquoi le plan fixe fait la réussite du marché du film sud-coréen ?

Les différences sociales, politiques ou culturelles prennent de plus en plus d'importances au fur et à mesure que ces sociétés se développent. Nos codes ne marchent plus pour ouvrir ces marchés. Nous avons besoin d'élargir notre connaissance de ces pays.

C'est le nouveau fil rouge de ce blog !

mardi 15 février 2011

Une révolution peut en cacher une autre : La révolution du pétrole non-conventionnel



La Révolution des gaz non-conventionnels secoue le monde de l'énergie depuis 2 ans. En quelques années, les États-Unis sont passés du statut d'importateur à celui de futur exportateur de gaz.

Or le monde du pétrole est en passe de connaitre la même révolution copernicienne. Nouvelles techniques et audace des petits indépendants font jaillir du pétrole dans des pays jusque là privés de toutes ressources fossiles.

Encore une fois, les indépendants ont grillé la priorité aux Majors...



On prend les mêmes et on recommence
Cette révolution du pétrole ressemble de très près à celle du gaz. Les lieux sont les mêmes, les technologies aussi : Il s'agit de récupérer le pétrole à partir de la roche, et non plus à partir des réservoirs classiques.

La technique consiste donc à forer de manière horizontale. Les industriels fracturent ensuite la roche en injectant de l'eau et du sable. La fracturation (fracking) va ainsi libérer d'importantes quantités de pétrole.

Ces découvertes gonflent déjà les ressources américaines
Dans le secteur du gaz, les shale gas ont multiplié les ressources américaines par 3. En ce qui concerne le pétrole, les États-Unis sont très optimistes. Le potentiel des ressources en shale oil pourrait représenter plus de 6 milliards de barils.

Pour le seul gisement de Bakken Shale, les ressources s'élèveraient entre 3 et 4.3 milliards de barils selon l'U.S. Geological Survey. Hors Alaska, ce gisement deviendrait le plus grand gisement de pétrole des États-Unis !

Cette nouvelle ère pétrolière aux États-Unis va durer
La raison est triple :

1.L'effet Macondo : Le Golfe du Mexique a été mis en quarantaine. La production de cette région devrait baisser de 82 000 barils par jour en 2011. Par conséquent, l'on-shore revient à la mode.

2.Les coûts d'exploitation sont bien moins élevés que le pétrole off-shore. Un baril à 40$ rend l'exploitation des shale oil rentable. Avec les prix actuels, les producteurs se paient même le luxe d'avoir des retours sur investissement proche de 100% !

3.Les shale oil sont essentiels pour réduire la dépendance énergétique américaine. Ils pourraient remplacer jusqu'à 10% des importations américaines quotidiennes.

La France devient un état pétrolier
En Europe, la révolution se propage aussi. Les perspectives de hausse des cours du pétrole ont transformé certains pays en eldorados pétroliers. C'est le cas de la France !

Paris, sa tour Eiffel, son sacré-cœur, et ses derricks ! La région Ile de France est effectivement une zone d'exploration pour les shale oil. Ces ressources pourraient permettre à la France de couvrir 5 % de ses besoins en pétrole.

Là encore, les indépendants conduisent les opérations. « Hess » et « Toreador » sont en première ligne. Ce dernier a même décidé de se faire coter en Europe pour l'occasion.

Les indépendants mènent le bal, encore une fois
L'exploitation du shale gas avait été le fait des petits producteurs. Ils avaient eu l'idée avant tout le monde de forer à l'horizontal. Le développement des shale oil prend le même chemin. Ce sont les petits pionniers des shale gas qui adaptent leurs technologies au pétrole.

Les indépendants comme « Devon Energy » ou « Petrohawk Energy » ont encore une fois échappé aux radars des Majors.

Le pétrole, bien plus profitable que le gaz
Ce mouvement de conversion vers le pétrole est économiquement rationnel. Les pionniers du gaz non-conventionnel ont bien compris leur intérêt.

L'exploitation des shale gas a fait passer les cours du MBTU de 13$ en 2008 à 4$ aujourd'hui. Et la bulle gazière ne devrait pas se dégonfler avant 2013.

Or selon l'IEA, le pétrole restera autour de 100$ en 2011. La première conséquence a été une envolée du prix des terrains. Le prix de l'acre de Bakken Shale est passé en à peine deux ans de 300$ à 12 000$ !

La technologie, la clef du succès
Dès 2009, on savait que les shale gas allaient révolutionner la politique énergétique américaine. Aujourd'hui, les analystes rivalisent en conjectures pour anticiper l'impact des shale oil.

Si le marché des énergies non-conventionnelles évoluera encore, une valeur restera : La technologie.

Les cours du baril ou du MBTU resteront volatiles, mais les sociétés qui maitrisent la technologie des forages resteront en première ligne.

Les « fracker », les Apple du secteur pétrolier
La Chine a bien compris que la technologie était la clef de ce marché. Elle investit depuis 2 ans dans les shale gas américains. L'objectif n'est pas d'acheter du gaz, mais bien d'acheter les technologies de fracking.

Sur les shale oil, la logique est la même. Les compagnies qui détiennent les technologies du petro-fracking, comme la canadienne « Trican Well Service », tiennent le marché. C'est avec elles que les Majors négocieront leur entrée sur ce secteur.

Elles seront les vrais bénéficiaires de la révolution des shale gas et shale oil..

mardi 1 février 2011

Total accélère son développement en Afrique


Total décidé à explorer le sous-sol africain
Qui a dit qu'il n'y avait bientôt plus de pétrole ? L'Afrique est sur le point de devenir un nouvel eldorado pour les compagnies pétrolières. Première d'entre elle, Total. Jacques Marraud des Grottes, directeur Afrique du géant pétrolier, a annoncé cette année que le groupe compterait de plus en plus sur l'Afrique pour accroitre sa production de pétrole. La production du groupe devrait passée de 750 000 barils de pétrole produits par jour en Afrique, soit un tiers de la production, à 1 million de barils d'ici 2015. Installé historiquement en Afrique de l'ouest, le groupe a ainsi multiplié ces dernières années les projets sur tout le contient.Le pétrolier s'est en particulier bien installé dans le Golfe de Guinée. Déjà présent au Nigeria, Total a fait une entrée remarquée en Angola, et guète impatiemment la mise aux enchères des blocs prometteurs de Kwanza en 2011. Surtout, le vrai tournant stratégique a été sa décision d'étendre de 20% son domaine minier sur le continent en explorant en priorité les pays peu ou mal connus. Cette décision constitue une petit révolution pour le groupe, qui a longtemps été moqué pour sa trop grande prudence. Après la Cotes d'Ivoire et Sao Tomé, le groupe pourrait investir prochainement en Mauritanie. Ces évolutions sont sous-tendues par l'amélioration des techniques de forage en offshore profond, ainsi que par la hausse tendancielle du baril remarquée ces dernières années.

Total étend son réseau de distribution
Si l'Afrique est dépendante des technologies de Total, Total l'est tout autant de l'Afrique pour sa croissance. Total y a trouvé un bon moteur de croissance pour ses activités de distribution, quand ces mêmes activités déclinaient en Europe. Cette dépendance risque de s'accentuer dans les années à venir, car le groupe français s'est peu diversifier en direction de l'Asie, comme l'on fait Shell ou BP. C'est pourquoi Total s'accroche à ses 12 % de parts de marché en Afrique. Le groupe a d'ailleurs révélé en début d'année qu'il entendait atteindre 15% dans les 5 ans. Total a notamment décidé d'investir prioritairement dans les régions à forte croissance. C'est le sens donné au rachat du réseau de distribution de Chevron au Kenya, après celui d'Ouganda. De manière globale, le groupe a l'intention de capitaliser sur sa présence historique sur le continent et sur sa maîtrise des infrastructures, notamment des capacités de stockages dans les ports. Total mise également sur son organisation interne par région, plutôt que par type d'activité, qui lui permet d'être davantage au contact du terrain. Il faut noter que le dynamisme de Total en Afrique détonne dans le milieu des pétroliers, qui a plutôt eu tendance à se désengager du continent ces dernières années. Shell a récemment vendu ses activités de distribution dans 21 pays. BP a également cédé ses stations en Namibie et au Zimbabwe.

Total achète 99% du sous-sol malgache
Total mène actuellement un projet très controversé à Madagascar (ici un manifestant de Greenpeace dénonçant l’exploitation des sables bitumineux par Total, notamment à Madagascar). L'exploitation des réserves d'hydrocarbures, sous forme de sables bitumineux, a commencé il y a deux ans sur l'île. Total a dépensé 100 millions de dollars pour acquérir 60% des parts du gisement de Bemolanga. Les termes de contrats d'exploitation ont été révélé par le « Guardian » en novembre dernier. Le groupe français, avec son partenaire « Madagascar Oil », bénéficie de conditions d'exploitation inédites dans le secteur, puisque les termes de l'accord accordent aux opérateurs étrangers 99% des recettes tirées de la vente du pétrole pendant 10 ans. L'État se contentant donc de...1%. On est loin des 60-65% avancés par le ministère des mines en 2008. Lorsque l'on sait que l'exploitation des sables bitumineux est une des industries les plus polluantes au monde, on peut craindre pour l'environnement déjà très fragile de l'île malgache.

Article publié initialement dans "Les Afriques". Janvier 2011.

vendredi 28 janvier 2011

Terres Rares, le boom ne profitera qu'à une poignée de sociétés


Les terres rares sont au XXIème siècle ce que le pétrole a été au XXème, les clefs de la croissance !

Les terres rares sont un groupe de 17 métaux aux propriétés physiques exceptionnelles. Ils répondent aux doux noms de Néodyme, Ytterbium ou encore Dysprosium.

Comme le pétrole, la production est concentrée dans une seule région : La Chine. Le problème, c'est que Pékin veut de moins en moins partager sa production.

Depuis 2005, le pays réduit de 12% chaque année ses exportations.

Le dernier épisode s'est déroulé fin décembre. Une nouvelle baisse des quotas a entrainé un nouveau tollé général des gouvernements occidentaux.

Enjeux géoéconomiques et hyper-concentration de la production, les plus grands scénaristes de science-fiction en rêvaient. Je ne serais pas étonné que 007 soit bientôt envoyé en Mongolie intérieure pour sauver une cargaison de terres rares.

Mais avant d'investir sur les studios de cinéma, je vous propose de profiter de cette situation. Peu d'acteurs sont assez proches de Pékin pour profiter de sa production.

C'est là que des opportunités se profilent...

La Chine a besoin de terres rares pour monter en gamme


La Chine produit de moins en moins de transistor, et de plus en plus d'écrans plats. Elle produit de moins en moins de vélo, mais de plus en plus de voitures électriques. Or cette montée en gamme exige de plus en plus de terres rares.

Contrairement à la dynamo, la batterie des voitures électriques utilise plusieurs kilos de néodyme. Autre exemple, les écrans plats tirent leur luminosité de l'Yttrium et du Cérium.

Ces produits vont devenir de plus en plus courants dans notre vie.

La Chine produit, transforme et consomme ses terres rares
Le grand grand tournant chinois a été le réveil de sa consommation intérieure. Désormais, les chinois consomment leurs terres rares.

La première destination industrielle des terres rares est les aimants permanents. Or la Chine est déjà leader sur ces secteurs. La Chine produit 75% des aimants permanents dans le monde.

Avec ces aimants, Pékin développe son parc d'éoliennes, son parc automobile et ses réseaux de télécommunication.

L'avenir des terres rares est plus que jamais chinois
La Chine tient le marché entre ses mains. Pour deux raisons :

1.D'abord, il n'existe pas d'alternatives. Les propriétés de ces éléments sont exceptionnelles. Elles le sont tellement que nous découvrons tous les jours de nouvelles propriétés.

2.La mise en route d'une mine est extrêmement longue. Si l'arrêt d'une mine prend quelques semaines, son redémarrage prend plusieurs années. Or c'est la Chine qui détient actuellement le savoir-faire technologique pour creuser et exploiter.

Investir dans les terres rares passe donc obligatoirement par la Chine.

Les opportunités existent : Pénétrez au cœur du dragon !
La Chine n'a pas construit son monopole en quelques mois.

Sa stratégie s'est élaborée en deux temps : D'une part concurrencer les autres pays avec ses faibles coûts de production. Ensuite attirer les groupes étrangers sur son sol.

L'objectif à terme était d'acquérir les technologies d'exploitations les plus performantes. La séparation des minerais entre eux est une activité extrêmement coûteuses et techniques.

Cette stratégie a marché au de-là des espérances. Les groupes privés leaders dans la production de terres rares dans les années 1990 sont désormais tous installés en Chine.

Les acteurs étrangers implanté en Chine seront privilégiés
De nombreux groupes étrangers ont été autorisés à piocher dans le sous-sol chinois. Ces groupes bénéficient d'un traitement privilégié car ils apportent les technologies les plus performantes.

Parmi ces grands groupes, nous retrouvons des noms familiers. Ainsi « Rhodia » est un acteur implanté depuis longtemps en Chine. C'est également le cas avec « Neo Material Technologies », une société minière canadienne qui a ses entrées en Chine.

Alors que tous les gouvernements essaient vainement de réveiller leurs anciens fleurons miniers, je vous conseille de regarder les groupes solidement implantés en Chine.

L'ETF, l'indice qui va faire des étincelles !
Depuis peu, vous disposez d'un nouveau moyen pour profiter du décollage des terres rares. Il s'agit d'un ETF(NYSE:REMX).

L'ETF a été lancé en fin d'année 2010. Tous les noms qui compteront dans les années à venir sont réunis.

Les gains commencent à peine à s'accumuler. Profitez en !


Article paru sur "l'Edito des Matières premières" : http://www.edito-matieres-premieres.fr/

samedi 22 janvier 2011

L'État français à reculons devant l'ouverture du marché de l'électricité


La concurrence oui, à condition qu'elle nous profite. C'est en quelques mots l'essence de la loi Nome, adoptée définitivement mercredi 26 novembre 2010. La loi Nome, pour « Nouvelle Organisation du Marché de l'Électricité », est une nouvelle étape dans le processus de libéralisation du marché décidé par les gouvernements européens en 1998. Lancé en pleine euphorie libérale des années 1990, l'enthousiasme s'est depuis considérablement essoufflé devant la montée des prix du kWh. La France mène ainsi depuis plusieurs années une politique ambiguë face à ce mouvement de libéralisation emmené la Commission Européenne. La Loi Nome lui permet de rester au milieu du guet encore quelques temps. Pourtant, la France devra définir dès 2011 un tarif définitif d'achat du kWh à Edf. Cette décision nous donnera un premier indice sur la stratégie française dans ce vaste mouvement de « libéralisation à marche forcée des marchés de l'énergie » pour reprendre l'expression de Jean-Marie Chevalier.

Un mouvement de libéralisation amorcé dans les années 1990
A l'origine était la concurrence. Depuis 1957, et plus encore après 1991, la libéralisation était devenue un gage d'efficacité des marchés. L'expérience anglo-saxonne avait notamment été jugée très concluante. C'est ainsi qu'en 1998, l'Union Européenne prend la décision de créer un marché de l'énergie unique et libéralisé. Gaz et Électricité sont concernés. La France accepte les directives de libéralisation des marchés électriques en 1998. Suivrons deux nouvelles directives, en 2004 et 2009. L'objectif est d'ouvrir les réseaux et de réformer l'organisation intégrée des grands groupes énergétiques. La France, comme l'Allemagne, est alors consciente que la libéralisation partielle du marché européen lui donne un avantage économique. Edf, comme E.ON ou RWE, maitrise la production, le transport et la commercialisation de leur énergie. Le monopole dispose d'un pouvoir de projection à l'étranger que l'ouverture des marchés va lui permettre de faire fructifier.

Edf surfe sur la vague de libéralisation du marché européen
Edf et GDF s'aventurent donc hors de leurs frontières, et investissent en Italie, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne. L'atout français sur la scène européenne est son faible cout de production du kWh. Il existe deux types de tarifs de l'électricité en France. D'une part les tarifs de l'électricité régulé, qui proviennent de l'électricité hydraulique et surtout nucléaire, et d'autre part les tarifs de l'électricité thermique. Ces derniers prix ont tendance à s'aligner sur les prix du pétrole, du gaz, et souvent du charbon. Ainsi, l'avantage de la France est de posséder des faibles couts de production et une moindre volatilité. Par exemple, l'investissement en Angleterre, avec le rachat de « British Energy » par Edf, a été permis par la vente d'électron au prix du nucléaire. Pourtant, les conséquences à moyen terme de la libéralisation mécontentent État et industriels

L'État contraint d'entamer le monopole d'Edf
La Commission Européenne finit par s'agacer du manque d'application de l'État français dans la libéralisation de son secteur énergétique. La Commission Européenne rappelle notamment que le processus de libéralisation n'avait pas pour vocation de permettre aux fleurons énergétiques français et allemands d'envahir le marché de leur voisins. 10 ans après la première loi sur ce secteur, Edf reste l'opérateur ultra-dominant en France, et s'est considérablement étendu à l'étranger. Encore plus grave pour la Commission, il continue à contrôler indirectement le réseau électrique, ainsi que la formation des prix du kWh (régulés donc). Mais l'État n'est pas pressé d'ouvrir son marché. Le prix du kWh sur la nouvelle bourse de l'énergie, « Powernext », est nettement plus haut que le kWh français. Économiquement parlant, la France aurait tout intérêt à rester à l'écart de ce marché qui l'obligerait à payer plus cher son kWh. Comme le note ironiquement l'ancien PDG d'Edf, Marcel boiteux, « avec la suppression des tarifs régulés que demande Bruxelles, il ne s’agit donc plus, comme on pouvait le croire initialement, d’ouvrir la concurrence pour faire baisser les prix, mais d’élever les prix pour permettre la concurrence ». L'État français va ainsi continuer à louvoyer quelques années, pour finalement sortir un loi de libéralisation « molle ». Et la loi NOME fut.

NOME, Nouvelle Organisation Manifestement Équivoque
La loi NOME est un compromis. Pour l'anecdote, la validation de cette loi par la Commission a été acquise alors que Manuel Barrosso cherchait des voix pour sa réélection à la tête de la Commission Européenne. En substance, l'objectif de la loi est de faire bénéficier d'autres acteurs de la rente nucléaire grâce à laquelle Edf propose un tarif inégalé en Europe. Edf va devoir vendre jusqu'à un quart de sa production à ses concurrents, à un prix fixé par la CRE (Commission de Régulation de l'Energie). Les alternatifs espèrent un prix assez bas pour rendre leur activités compétitives. Ils ne pourront cependant pas revendre ces kWh à l'étranger. Cette loi a immédiatement été contestée par le premier acteur concerné, Henry Proglio, patron d'EDF. Pourtant, c'est l'État lui même qui a décidé de nommer cette figure forte et dirigiste du capitalisme français. L'État dévoilait ainsi sa schizophrénie en poursuivant d'un coté la libéralisation d'un secteur, et en renforçant de l'autre la nature monopolistique de son énergéticien. Seul le niveau de prix de revente du kWh nucléaire permettra de mesurer les choix stratégiques fait à la tête de l'Etat. Edf exige 42 €/Mwh, suivi d’une hausse annuelle de 3,5% par an. Les alternatifs proposent 34€.

Edf veut redevenir un géant européen
La question du prix du kWh englobe une problématique bien plus vaste, celle des ambitions d'Edf, et de son premier actionnaire, en Europe. Après une phase d'expansion dictée par les besoins de rentabilité, Edf est en train de se replier rapidement sur ses terres. Après la désillusion américaine, l'horizon d'Edf est fondamentalement européen. Ses atouts industriels lui confèrent encore un avantage indéniables sur ses concurrents. La preuve de ces ambitions retrouvées se trouvent à Flamanville et Penly. L'opérateur est en train d'y construire deux nouveaux générateurs de 3ème générations qui sont destinés à vendre leur production sur les marchés de gros européens. La fixation du prix de revente du kWh constituera pour Edf un élément déterminant dans sa stratégie de développement sur le continent. La décision de l'État sera lourde de sens.

Deux scénarios sont possibles : le « libéral », le « hors la loi ».
Dans le scénario « libéral », l'État français poursuit le mouvement de libéralisation du marché et fixe un prix du kWh assez bas pour privilégier les alternatifs. Les échéances 2015 et de 2020 permettront définitivement aux alternatifs de rentrer sur la scène française, en vendant sur les marchés européens ces kWh nucléaire. En parallèle, ces groupes se seront probablement équipés en capacités de production thermique, et se présenteront comme de réels concurrents à Edf. Le résultat, un prix du kWh plus cher pour le consommateurs, une plus grande dépendance à la volatilité due aux prix du thermique, mais de plus grosses rentrées pour l'État. Un deuxième type de scénario pourrait être appelé « hors-la-loi ». Récemment, Jean-Marie Chevalier a rappelé que le traité de Rome en 1957 a contribué à qualifier « d'illégal tout ce qui n'était pas géré par le marché ». L'Etat pourrait ainsi choisir de rentrer dans l'illégalité en refusant avec d'autre pays de poursuivre cette libéralisation du marché. Le caractère intégré d'Edf serait conservé, au profit du consommateur français.

Pour l'instant, nous n'en sommes qu'au scénario de politique-fiction. La crise a cependant amorcé une réflexion sur les excès de la libéralisation des marchés. Cette réflexion atteindra peut être un jour le secteur de l'énergie. En attendant, l'État devrait réfléchir à une nouvelle Directive européenne à proposer, réduisant considérablement la dynamique libérale au profit d'une réflexion davantage centrée sur le consommateur.

lundi 10 janvier 2011

Pétrole et gaz, l'Asie se met en ordre de bataille

En ce début d'année 2011, plein phare sur l'Asie !

Lorsque l'on parle de l'Asie, on pense tout de suite à la Chine. Bien sûr, mais pas seulement...

Car cette décennie sera celle de l'Asie toute entière. Derrière l'empire du Milieu, l'Asie du Sud-Est et l'Océanie émergent.

Or ces pays auront besoin d'énergie, et en grande quantité. Et leurs jeunes compagnies énergétiques auront besoin de capitaux pour grandir.

Une demande exponentielle de l'Asie tirée par la Chine...
La Chine vient de quasiment doubler sa demande énergétique en à peine 10 ans !

Aujourd'hui, le pays est devenu le premier consommateur d'énergie au monde. Et le pays n'en finit pas d'accumuler les performances.

Pékin est en passe de devenir le premier consommateur de pétrole au monde. Selon l'AIE, Pékin comptera pour 40% de la demande mondiale cette année.

...et les nouveaux émergents
La demande énergétique du continent asiatique vient d'enregistrer 8,5% de croissance en 2010. Les énergéticiens anticipent déjà une demande en forte hausse pour 2011.

En Inde, le taux de croissance devrait se maintenir autour de 7%-8%. La demande en hydrocarbures, pétrole, charbon, gaz naturel, devrait ainsi bondir d'environ 40% sur les 10 prochaines années.

En Asie du Sud-Est, la croissance a atteint 7,4% en 2010. La Malaisie et la Thaïlande deviendront bientôt des acteurs énergétiques de premier plan.

Ces pays sont assis sur des trésors inexplorés
De nombreux pays asiatiques n'ont pas encore exploité leurs ressources. L'Agence de l'énergie américaine estime par exemple que les réserves pétrolières indiennes sont de l'ordre de 5,6 milliards de barils !

En Malaisie, les ressources s'élèveraient à 4 milliards de barils. Ce pays pourrait devenir bientôt le quatrième hub pétrolier et gazier en eau profonde du monde, après Houston, Rio de Janeiro et l'Europe.

Ces compagnies se renforcent à l'international
Les compagnies énergétiques asiatiques sont toutes engagées dans une course aux actifs énergétiques à travers le monde.

Après les Chinois, l'Australie a vu déferler sur elle des vagues d'investisseurs coréens ou malaisiens.

Ces groupes se sont même aventurés bien au-delà. Les sables bitumineux canadiens ont attiré la plupart des acteurs asiatiques. L'Irak a également fait la part belle aux compagnies chinoises et malaisiennes en 2009.

Les compagnies chinoises, des valeurs de plus en plus sûres
Les firmes chinoises ont su profiter de la stagnation des prix du baril pour investir à l'étranger. En tout, elles ont dépensé 24 milliards de dollars en acquisitions en 2010.

D'abord, leur cible a été les sables bitumineux canadiens. Sinopec, CNOOC et Petrochina sont désormais massivement présents dans les plus grands projets du pays.

Les Chinois n'ont pas non plus raté la découverte du pétrole brésilien. Cette année, Sinopec a finalisé son entrée à hauteur de 40% dans la filiale brésilienne de Repsol, présente dans les zones pré-salifères brésiliennes.

+75% en deux ans pour ONGC, l'Indien amorce son décollage


L'Inde est l'autre géant de l'énergie en Asie. Pour moi, le marché indien présente un potentiel encore plus grand que le marché chinois.

La compagnie nationale ONGC, (Oil and Natural Gas Corporation) commence tout juste à sortir hors de ses frontières. Après avoir investi en Afrique et au Vietnam, la compagnie souhaite désormais investir en Australie et en Birmanie, déjà courtisées par la Chine.

Derrière ONGC, les prometteurs Reliance energy et IOC (Indian Oil Corporation) commencent à apparaître.

Découvrez les petites valeurs qui montent
Derrière les gros mastodontes asiatiques émergent également plusieurs sociétés dynamiques.

Le Coréen Knoc a frappé un grand coup en septembre, avec le succès de son OPA agressive sur le Britannique Dana Petroleum. Aujourd'hui, le Coréen est également présent au Canada, en Amérique du Sud et au Kazakhstan, traditionnelle chasse gardée chinoise.

Le Thaïlandais PTT a à son tour investi dans les sables bitumineux canadiens. Le Malaisien Petronas a également l'intention de s'étendre. Le Venezuela et l'Irak font partis de ses priorités.

Qui fera la course en tête ?
Une valeur se distingue particulièrement : CNOOC

D'abord, les compagnies chinoises restent des valeurs attrayantes. Les trois principales (Sinopec, CNOOC et Petrochina) sont cotées sur le NYSE. Mention spéciale à CNOOC, qui a enregistré +135% depuis 2 ans à New York.

Pour ceux qui aiment l'incertitude, ONGC constitue un beau pari. Le géant indien commence tout juste à monter en puissance.

ONGC va bientôt ouvrir son capital afin de financer son développement. Il pourrait bien devenir un jour un des 5 ou 6 géants de l'énergie.

lundi 20 décembre 2010

La Chine, à l'épreuve de sa dépendance énergétique


La Chine met tout en œuvre depuis 30 ans pour assurer l'approvisionnement en énergie de son économie. L'accroissement des besoins a eu de lourdes conséquences sur le plan interne et externe. Confrontée à des problèmes environnementaux, la Chine a commencé à donner une nouvelle inflexion à sa politique énergétique. Sur le plan extérieur, sa dépendance énergétique croissante a souvent amené la Chine à structurer sa politique étrangère en fonction de ses besoins énergétiques. Pourtant, la reconnaissance de ces problèmes rentrent régulièrement en contradiction avec la satisfaction internationale de voir un pôle de croissance assurer de nouvelles débouchés commerciales. Coincé entre problématiques environnementales et économiques, voire sociales, Pékin a avant tout besoin des meilleures technologies pour espérer un jour conjuguer croissance et environnement.

La Chine victime de sa croissance
Dans une récente conférence, organisée par la revue « Passage », Mr Zhang, conseiller à l'ambassade de France en Chine, s'est exprimé sur les besoins énergétiques grandissants de son pays. Le conseiller a reconnu que l'énergie était le véritable point noir du modèle de développement chinois. Deux conséquences ont été en particulier soulignées, la dépendance vis-à-vis de l'étranger, et les problèmes environnementaux que rencontrent le pays. Principal accusé, le charbon. La Chine est dépendante à 91% des énergies fossiles pour sa consommation d'énergie primaire, dont 70% pour le charbon. Sa part dans le mix énergétique chinois semble malheureusement condamnée à augmenter. Sa part était de 61% il y a 10 ans. Cette dépendance est dangereuse. « Parmi les 100 villes les plus polluées au monde, un tiers sont chinoise » a rappelé Mr Zhang.

Le 12e plan quinquennal change la donne
La Chine a pourtant commencé à investir massivement dans les énergies du futures. Le pays a multiplié les investissements dans les énergies renouvelables, notamment depuis l'annonce du 12e plan quinquennal en novembre dernier. L'objectif est de faire passer la part du renouvelable de 7% à 15% dans le mix énergétique chinois d'ici 2020. Dans l'énergie hydraulique, le pays a l'intention d'augmenter de 50% ses capacités d'ici 2015, pour atteindre 300 000 MW. La Chine a également promu au rang de priorité nationale la rénovation de son réseau électrique, qui est responsable de 8% de déperdition. Les « réseaux intelligents » seront notamment introduits. Schneider Electric, IBM ou encore GE entendent profiter de ce marché. En ce qui concerne le nucléaire, Hervé Machenaud, responsable de la production et de l'ingénierie chez EDF, et directeur d'EDF Asie-Pacifique, a rappelé lors de cette rencontre que la Chine est en train de mener « le plus grand programme nucléaire jamais réalisé dans le monde ». Pourtant, ce programme ne permettra pas de modifier radicalement la consommation énergétique chinoise. Malgré la réalisation de 10 unités par an, le pourcentage du nucléaire dans le mix énergétique n'évoluera pas au dessus de 5% d'ici 2020.

La diplomatie chinoise, entre la politique étrangère et la politique énergétique
Ces besoins énergétiques entrainent une forte dépendance de la Chine vis-à-vis de l'étranger. 50% du pétrole consommé en Chine est actuellement importé. Le pourcentage devrait passer à 75% d'ici 2050. Cette dépendance est un facteur d'inquiétude pour le gouvernement chinois. La politique étrangère et la politique de défense ont ainsi été modelées pour sécuriser les approvisionnements. Jean-Pierre Lafon, ancien ambassadeur de France en Chine, nous a expliqué la nature profondément « stratégique » de la politique étrangère chinoise actuelle. Sur le plan régional d'abord, la Chine a normalisé ses relations avec ses voisins. Cette stratégie lui a ainsi permis de signer de nombreux contrats énergétiques, notamment avec la Birmanie, le Kazakhstan, le Turkménistan et la Russie. Au plan international, la Chine est devenu un partenaire commercial majeur pour l'Afrique. Les États pétroliers africains comme le Gabon, le Soudan et l'Angola ont tous signé des accords avec leur partenaire chinois. La Chine a également massivement investi en Amérique du Sud, où le Brésil fait désormais figure de nouvel eldorado pétrolier, ainsi qu'au Moyen Orient. Militairement, la Chine a fait le choix de développer prioritairement sa marine. Ce choix correspond à la volonté de sécuriser les voies d'approvisionnement en hydrocarbures, notamment autour des Détroits d'Ormuz et de Malacca. 80% des importations de pétrole transitent par ce dernier Détroit.

Les opportunités en Chine sont devant nous
De l'avis général, l'accroissement de la dépendance énergétique chinoise offre des opportunités économiques aux partenaires étrangers, notamment français. Mr Zhang a pointé du doigt les possibilités de collaborations sino-françaises dans le secteur de l'agriculture et des sciences et technologies. « S'il y a des défis à surmonter, il y toujours des opportunités » a t-il ajouté. Dans une formulation moins asiatique, Mr Machenaud s'est retrouvée dans cette vision. Le directeur Exécutif d'EDF a rappelé qu'avec un salaire par tête 10 fois inférieur à celui du salaire américain, les marges de progression de l'économie chinoise restent encore très importantes. En particulier, la poursuite de l'urbanisation contrôlée devrait offrir de nouvelles opportunités de croissance.

Démysthifier le transfert de technologies
La question des transferts de technologies s'est alors imposée dans le débat. Le représentant de l'ambassade de Chine a appelé à intensifier les transferts de technologies entre la France et la Chine, tout en déplorant le coût de ces technologies. Mr Zhang a souligné au passage que ces transferts sont souvent un gage de durabilité pour les partenariats conclus avec des entreprises étrangères. Dans le même sens, Mr Machenaud a exhorter les groupes français à se « sortir d'une vision malthusienne des transferts de technologies ». Le directeur exécutif d'EDF a pris le cas d'Alstom pour illustrer son propos. La société françaises a réussi à remporter un deuxième contrat dans le domaines des turbines hydrauliques, après un premier contrat où le constructeur français avait vendu ses technologies. Cette réussite s'explique par les efforts constant du constructeurs pour améliorer ses technologies, lui permettant de se présenter constamment sur les marchés avec un produit innovant. « Les technologies s'améliorent là où elles sont produites » a t-il conclue.

dimanche 28 novembre 2010

Filière nucléaire française, chronique d'un déclin annoncé
La France perd du terrain sur le marché international du nucléaire


Le 23 novembre dernier, le cercle de réflexion « Inventer à gauche » organisait une rencontre sur la filière nucléaire française. François Roussely, chargé par le président français en début d'année de rendre un rapport sur l'évolution de la filière nucléaire française, est revenu sur son travail à l'occasion de cette rencontre.

Une industrie qui fait encore illusion
L'industrie nucléaire peut être observée comme un miroir des ambitions économiques françaises, à savoir un secteur bouffi d'orgueil incapable d'anticiper les défis futurs. Autrefois carte de visite de l'excellence française, l'industrie nucléaire française est effectivement en passe de se « banaliser », selon les propres mots de François Roussely. Si le secteur profite encore de l'illusion de ses clients et de ses concurrents, qui « l'imaginent plus fort qu'il n'est réellement », une série d'échecs depuis 2005 ont confirmé le début du déclin.

La fin du nucléaire de papa
François Roussely est revenu brièvement sur les trois facteurs qui ont fait le succès de cette industrie. Le premier atout a concerné la situation de monopole dont bénéficiait les trois organismes responsables de la construction du parc nucléaire français, Edf, le CEA et Framatome. Le deuxième facteur important a été la nécessité d'accompagner le décollage de l'économie française, qui a souvent permis de placer l'intérêt général au-dessus des batailles d'égo. Enfin, les trois acteurs ont bénéficié de la maitrise du temps, leur permettant d'enchainer la construction des centrales sans discontinuité. Ce dernier facteur a notamment permis d'accumuler les retours d'expérience, et de réduire rapidement de 30% le prix unitaire des centrales.

La France en ordre dispersé
Les années 1980 ont signé la fin de cette période. La cohésion de la filière nucléaire française a perdu petit à petit de sa légitimité, sous le double impact de l'achèvement du parc nucléaire national et de la mise en place d'une industrie tournée vers l'exportation. Ce fut le cas notamment de Framatome, puis d'Areva. Le CEA s'est pour sa part diversifié vers les énergies nouvelles. Edf a quand à lui commencé à préparer le renouvellement du parc français. Les trois organismes se sont ainsi lentement éloignés. Or Mr Roussely a rappelé que « la spécificité de la filière nucléaire française dans le monde était le retour d'expérience de l'exploitant .On se banalise si on se base que sur le front des prix ou des caractéristiques de telles turbines ».

La filière française rate son entrée dans la mondialisation
La principale conséquence de la fin de cet âge d'or a été de laisser la filière sans stratégie clairement établie. Ces dysfonctionnements n'ont pas permis à la filière française d'anticiper les nouveaux défis internationaux du secteur. Pourtant, la première explication donnée par François Roussely à cette longue dérive est indépendante du contexte français. L'efficacité de la filière françaises reposait sur une maitrise de tous les secteurs d'activité, de l'ingénierie à l'exploitation. Aujourd'hui, Mr Roussely a révélé qu'Edf et Areva n'ont plus l'occasion de déployer ce savoir faire. Au projet en Jordanie succédera bientôt un projet en Afrique du Sud, ou au États-Unis. La différence des contextes et des cahiers des charges contraignent les acteurs français à présenter une offre chaque fois différente, et donc destinée à ne pas procurer de retour d'expérience.

La nécessité d'adapter une offre
La filière française a par contre péché sur plusieurs autres points, au premier rang desquels l'incapacité à proposer une offre adaptée. Aujourd'hui, la France ne peut proposer qu'un seul modèle de réacteur à l'exportation, l'EPR. Or, « la demande internationale est portée par des pays différents, avec des besoins différents », a rappelé Mr Roussely. Autre facteur aggravant, l'EPR devait servir à l'origine à préparer le remplacement du parc nucléaire français. Ce produit n'était pas destiné à être exporté. Le cout et la puissance de l'EPR ont ainsi été décidés en fonction des exigences de deux pays développés, la France et l'Allemagne, possédant déjà une expérience dans le domaine de l'ingénierie et de l'exploitation de centrales. Or la « renaissance » actuelle du nucléaire est portée avant tout par les nouveaux arrivants dans le nucléaire, Asie en tête. La sophistication de l'EPR apparait désormais très excessive pour ces pays.

La catastrophe de la perte du marché chinois
A rebours de la plupart des commentateurs, c'est la perte du marché chinois en 2005 qui a signé le véritable échec de la filière nucléaire pour François Roussely, et non pas l'échec d'Abu Dhabi. Petit retour sur un échec passé sous silence.

L'achèvement du programme électro-nucléaire français dans les années 1980 a signé la fin de l'âge d'or du nucléaire en France. La suite donnée à l'aventure nucléaire française est passée par la conception d'un nouveau réacteur, projet sur lequel se sont donc penchés ensemble la France et l'Allemagne. De son coté, l'ancêtre d'Areva a commencé à exporter les réacteurs français à l'étranger. C'est alors que la France se rend compte du quasi monopole que possédera Areva dans 40 ou 50 ans, lorsqu'il faudra renouveler le parc nucléaire français. L'État français décide de réagir, et « d'aider à la création d'une industrie à l'étranger [avec Edf] qui soit réceptive au mêmes caractéristiques que celles de la France, et qui ait dans son parc les mêmes centrales et les mêmes pratique et codes. L'objectif est d'assurer un minimum de challenge financier et industriel quand l'heure du renouvellement viendra, en attribuant 20% à 30% du renouvellement à Edf ». Dans cette recherche, un marché correspond à ces caractéristiques, la Chine. Ainsi, la France et la Chine entament un partenariat à partir de 1984. Or après des années d'échanges, la France perd un contrat majeur au profit du trio Westinghouse, Toshiba et Shaw, en 2005. Ce tournant, salué en France comme une victoire contre le pillage des technologies françaises, a porté un coup d'arrêt majeur à la stratégie de la filière nucléaire française.

Centralisation et stratégie à l'export préconisées par Mr Roussely
Pour redresser la filière, et mettre fin à la bataille des égos, les recommandations de François Roussely sont simples : la direction de la filière nucléaire doit être confiée à EDF, car « Edf est le seul à pouvoir être un intégrateur, un « plateformiste » comme on dit dans l'aéronautique, car l'électricien français est le seul à posséder une compétence dans l'ingénierie et l'exploitation ». Ce fait particularise Edf sur les marchés, face à des concurrents américains peu intégrés. Mr Roussely a rappellé qu'aux États-Unis, « sur les 105 réacteurs en fonctionnement, les 105 fonctionnent différemment ».

François Roussely a appelé également à la mise en place d'un comité ou d'un groupe capable d'identifier la demande étrangère, et de faire remonter la demande auprès des producteurs français. « Il est urgent d'avoir un instrument qui s'intéresse à la demande. Il faut une structure commerciale comparable à celle d'Airbus, car nous avons besoin de qualifier la demande », a préconisé Mr Roussely. A cet égard, la création d'un ministre de l'industrie et de l'énergie apparait urgente.

Les échecs répétés de la filière nucléaire française ont été brillamment analysés par Mr Roussely lors de cette rencontre. Pourtant, les propositions de l'ancien patron d'Edf ont souvent semblé inspiré par le passé glorieux de l'électricien français. Parmi ces recommandation, si une meilleure conduite de la politique industrielle française est apparu tombée sous le sens, peu de cas a été fait des velléités indépendantistes d'Areva, ni de la richesse potentielle de son rapprochement avec d'autres acteurs internationaux comme Mitsubishi.

samedi 9 octobre 2010

La Chine veut transformer le marché des énergies renouvelables en nouveau moteur de croissance.



Le 21 juillet, le gouvernement de Wen Jiabao a dévoilé un plan de soutien de 740 milliards de dollars aux énergies renouvelables.

Éolien, biomasse, nucléaire et voiture électrique sont désormais au cœur de la politique énergétique chinoise.

Conscient des risques environnementaux que fait courir l'actuel modèle énergivore chinois, le pays espère bien se servir de cette transition énergétique pour faire monter en gamme son économie.

Un modèle particulièrement énergivore
La place de premier consommateur mondial d'énergie devait échoir à la Chine en 2012, selon l'IEA. La Chine a encore surpris tout le monde. En juillet 2010, la Chine consommait déjà 4% de TEP (tonne équivalent pétrole) de plus que les États Unis.

Conscient des faiblesses que ce record laissait apparaître, la Chine a nié en bloc sa performance.

Comment convaincre de son engagement environnemental avec un tel record ?

Le gouvernement veut refroidir sa consommation d'énergie
Pourtant la volonté est réelle. Sur le long terme, la Chine sait bien que son modèle énergétique est intenable :

Intenable sur la durée, car raréfaction annoncée des ressources pétrolières,

Intenable écologiquement, avec une pollution urbaine devenue dangereuse,

Et intenable politiquement, la Chine étant de plus en plus dépendante de ses importations (+114% pour le charbon sur les 5 premiers mois de l'année)

L'objectif est donc d'arriver à un tiers d'électricité renouvelable d'ici 2020. Plus étonnant encore, la Chine s'en donne les moyens, sous les yeux médusés des européens.

La vision de long terme de la Chine
Économiquement, le gouvernement de veut pas rater la révolution technologique des énergies renouvelables. Ces énergies sont identifiées comme un formidable moteur de croissance.

Pour se faire, plusieurs décisions radicales ont été prises cette année : Assèchements des crédits aux industries polluantes et énergivores, tour de vis législatif contre ces industries, fermetures arbitraires d'usines...

Le plan de soutien chinois : Massif et ciblé
Dernier étape, le financement. La Chine s'est donnée les moyens de son ambition. C'est un véritable plan de relance écologique, version superpuissance (hyperpuissance ?), que la Chine a dévoilé en juillet.

Quatre cibles principales : L'éolien, la biomasse, la voiture électrique et le nucléaire.

Valoriser les champions nationaux
Tarifs préférentiels, achats des surplus, le gouvernement subventionne depuis longtemps ses industries nationales. Cette stratégie a déjà commencé à payer. La Chine compte parmi les leaders dans plusieurs secteurs, dont l'éolien et le solaire.

L'éolien
Devant les États Unis en terme de capacités, la Chine est également le premier producteur mondial de turbines.

Obtenue en à peine 4 ans, cette performance est principalement due aux trois constructeurs nationaux : « Sinovel », « Goldwind » et « Dongfang ». Ces trois compagnies figurent parmi les 10 premières entreprises mondiales du secteur.

4 ans pour l'éolien, combien d'année pour devenir leader dans le solaire ou la biomasse ?

La biomasse, l'interrogation
L'objectif du gouvernement chinois dans ce domaine reste incertain. D'abord destinées au marché local, ces technologies pourraient devenir essentielles dans le cadre de la toute nouvelle collaboration avec le Brésil.

La compagnie « China Biodiesel International », fortement orientée à l'international, et déjà boostée par la hausse des prix des biocarburants, profitera certainement du soutien gouvernemental.

Le solaire, déjà autonome
Moins en vue que les 4 secteurs cités, la Chine est déjà le leader mondial dans la construction de panneaux photovoltaïques. En 2009, 43% des panneaux solaires construits dans le monde provenaient de Chine.

Des trois leaders nationaux, « Suntech », « Baoding Yingli » et « Jingao », je conseillerais particulièrement de surveiller « Baoding Yingli », qui connait la plus forte croissance.

La voiture électrique chinoise
Le gouvernement déploie une activité sans pareille pour assurer son développement. L'objectif est d'atteindre 5% de voitures vertes d'ici 2013.

Pour se faire, l'État multiplie les aides : Primes à la casse, soutiens aux constructeurs, financements d'infrastructures...

Localement, les initiatives se multiplient. Après avoir annoncé la construction de 400 bornes de rechargement, Shanghai verse désormais une prime de 3000 dollars pour l'achat d'une hybride, et 7500 dollars pour l'achat d'une voiture électrique.

Les énergies renouvelables permettront de monter en gamme
La Chine semble bien décidé cette fois à attraper le wagon des hautes technologies.

L'objectif est de passer d'un modèle commercial fonctionnant sur des couts de production faibles et des technologies occidentales, à un modèle à haute valeur ajoutée technologique.

Terres Rares, le monopole chinois qui risque de le rester
Cette ambition environnementale s'est traduit par le resserrement des exportations chinoises de terres rares, métaux essentiels pour les technologies de l'éolien, du solaire et des voitures électriques.

La Chine détient 95% des réserves de Terres Rares dans le monde. Or le pays vient de réduire de 72% les quotas d'exportations...

lundi 21 juin 2010

Scramble sur l'uranium, la compétition s'intensifie (2)


Le marché de l'uranium est attendu à la hausse, c'est entendu. Cette tendance relancera la ruée vers l'uranium.

En 2008, alors que les cours culminaient, de nouveaux acteurs étaient apparus. « Start-up » de l'uranium, pays émergents ou électriciens étaient venus concurrencer les « cadres », c'est à dire les géants miniers BHP Billiton, Rio Tinto, Comeco ou Areva.

Aujourd'hui, le marché s'est considérablement transformé. Si les cours ont chuté, les lieux et les acteurs ont également évolué. Nombre de start up ont disparus. A l'inverse, conscient du rôle stratégique que l'atome jouera au XXIème siècle, les États n'hésitent plus à lancer leurs poulains dans la bataille. Ils commencent même à se constituer des stocks d'uranium, pour voir venir...

Examinons où les acteurs investissent désormais, et qui a les reins assez solides pour y investir. Bonus à la sortie garantie...

Des ressources démocratiquement réparties...
Le minerai est plutôt bien réparti géographiquement. L'OCDE possède 39% des réserves, les BRIC, avec l'Afrique du Sud, en possède 26%. Les 35% restant sont réparti en Afrique et en Asie Centrale.

...mais plus ou moins bien exploitables
Les nouvelles ressources sont d'abord plus couteuses à exploiter, du fait de l'explosion des couts d'exploitation d'une mines.

Ensuite, la géopolitique de l'uranium s'est complexifiée. Le Canada, l'Australie et le Kazakhstan constitue le trio de tête actuel des producteurs d'uranium. Mais les nouvelles ressources identifiées sont plus difficiles d'accès. L'Afrique, le bassin de l'Amazon au Brésil, et l'extrême orient russe constituent désormais la nouvelle frontière de l'uranium.

On regrette déjà le désert australien...

Essoufflement du trio de tête
Ces nouveaux lieux doivent assurer la relève des mines actuelles.

MacArthur River (Australie), Cigar Lake (Canada) et Akuta (Niger), les trois plus grandes mines au monde, seront épuisées d'ici 2025, ce qui implique une baisse des rendements bien avant.

L'avenir des centrales de demain se joue aujourd'hui
C'est ce constat qui a déclenché un véritable scramble sur les ressources encore inexploitées.

Malgré le cout plus élevé de l'exploitation, et les risques politiques chez ces nouveaux pays, les acteurs de l'atome n'hésitent pourtant plus à y investir...

Qui investit dans l'uranium ?
Précaution préalable : Le capital des minières de l'uranium est difficilement pénétrable, et c'est un euphémisme...

L'uranium, trop sérieux pour être laissé au privé
Les premiers investisseurs sont de plus en plus publics. Les Etatscontrôlent désormais d'une main de fer le capital de leurs sociétés spécialisées dans l'uranium. 6 des 10 plus grandes minières au monde sont publiques, au premier rang desquelles Areva, Kazaktoprom (Kazakhstan) et ARMZ (Russie).

Les minières privées sont sévèrement surveillées. A titre d'exemple, les investisseurs privés ne peuvent pas détenir plus de 15% des actions du groupe canadien Cameco, premier producteur mondial.

Dans la course à l'uranium , avantage à la Russie
Rosatom, à travers sa minière AMTZ, est sur tous les fronts depuis deux ans. Son patron, Sergueï Kirienko, à l'intention d'augmenter sa production de 11%, après une hausse de 25% en 2009. Sa stratégie : investir massivement à l'étranger.

Stratégie pour l'instant en réussite : AMTZ est particulièrement bien positionnée sur le marché Kazakhstanais et Namibien, où le groupe vient d'investir un milliard de dollars.

La société minière publique a également profité du carnets d'adresse de Moscou. Le groupe est aujourd'hui présent au Brésil et en Mongolie, détenteur respectivement de 5.1% et 5% des réserves mondiales d'uranium.

Quelles sont les lieux « hype » du moment ?
La valeur sure : Le Kazakhstan, THE place to be !
Devenu premier producteur mondial en 2010, le pays a besoin des technologies et des capitaux étrangers pour poursuivre son exploitation intensive de ses sous-sols. Areva, Cameco et Toshiba y ont déjà investit.

Le pari : La Namibie, porte ouverte aux étrangers.
Le pays possède 10% des réserves mondiales. Producteur d'uranium depuis peu de temps, le gouvernement a annoncé son intention d'augmenter la production d'un tiers dans les années à venir. Areva, Rio Tinto et ARMZ sont déjà positionnés.
Uranium : la hausse des prix inévitable sur fond de renaissance du nucléaire (1)


Avec 45 centrales en constructions, et 266 à l'étude, les entrepreneurs doivent pouvoir compter sur des réserves de combustibles disponibles.

Les minières l'ont bien compris, et se lance dans l'acquisition tous azimuts de minerai.

Ne vous laissez pas abuser par les cours actuel de l'uranium. Les bourses yoyotent, les sociétés doutent, les États font faillite...mais une fois l'horizon économique dégagé, et les États recrédibilisés, les cours repartirons à la hausse.

Premier volet de cet Edito sur l'uranium : Hausse des prix, seule moyen de combler le déficit de production

Le nucléaire, l'énergie du XXIème siècle
Le nucléaire apporte des solutions efficaces à plusieurs problématiques modernes :

Réchauffement climatique : Le nucléaire est un instrument indispensable dans les politiques de lutte contre le réchauffement climatique. L'objectif de réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020 est visé, indépendamment les uns des autres d'ailleurs, par les États-Unis, l'Union Européenne, et la Chine.

Énergie bon marché : Critère déterminant pour les émergents. Malgré l'investissement de départ, le nucléaire reste économique : Le kWh nucléaire coute 1.76$, contre 2.47$ pour le charbon et 6.28$ pour le gaz.

Réduire et diversifier ses importations énergétiques : Question brulante pour la Chine, qui est dépendante à plus de 50% du pétrole étranger, et qui a vu ses importations de charbon doubler en un an. Gardons à l'esprit qu'une livre de yellowcake (premier stade du traitement de l'uranium) produit l'énergie de 31 barils de pétrole, ou de 10 tonnes de charbon.

Les cours pataugent
Les cours de l'uranium tardent à repartir à la hausse. On vous l'a annoncé, claironné, l'uranium va partir à la hausse !.....et puis rien. Pire, le cours est passé de 45$ la livre à 41$ en 6 mois ! Les contrats à long terme se maintiennent autour de 60$.

Une explication : Le Kazakhstan. L'année dernière, le pays a augmenté sa production de 63%, ce qui a contribué à noyer le marché. Avec 24% de la production mondiale, le pays est alors devenu le premier producteur d'uranium.

Deux raisons de croire à un rebond des cours : La stratégie kazakh n'est pas durable. Sa production n'augmentera que de 30% cette année.

Le deuxième point est plus structurel : L'offre mondiale va avoir de plus en plus de mal à répondre aux besoins des émergents.

C'est le moment de rentrer sur le marché.

Essoufflement de la production actuelle
La consommation actuelle est de 168 millions de livres. La production primaire, déjà à la peine, ne représente que 2/3 des besoins. Prévu pour passer de 107 à 115 millions de livres en 2011, le rendements des mines devraient commencer à baisser d'ici quelques années. Après une hausse de 12% en 2009, la production devrait progresser de seulement 4% en 2010.

Coté réserves secondaires, qui assure 1/3 du marché, les perspectives ne sont pas plus optimistes. Moscou a annoncé la fin de son programme de désarment « Megatons to Megawatts » en 2013. Ce programme fournissait autour de 13% de la production mondiale.

En parallèle, le nucléaire séduit de plus en plus
Les projets de réacteurs se multiplient. Actuellement 436 centrales sont en fonctionnement. Ce nombre devrait augmenter de 35% au regard des projets en cours.

En conséquence, 59 millions de livres devront être produites annuellement sur 10 ans pour répondre à l'augmentation de la demande !

Pas de « Peak Uranium » à l'horizon
Tordons le cou à la théorie du « Peak » dans l'uranium. Les ressources existent, et en abondance !

En 2007, la demande en uranium était de 70 000 tonnes. Selon le Commissariat à l'Énergie Atomique, les réserves globales exploitables sont estimé à 5.5 millions de tonnes. Les ressources non-découvertes ou présumées sont estimées à 10.5 tonnes.

Donc tout est affaire de prix. Et aujourd'hui, force est de constater qu'ils lambinent encore à 40$ l'once.

Hausse des prix, unique solution devant la pénurie
Une augmentation des prix, pour cohérente qu'elle soit, est surtout obligatoire. Cette augmentation apparaît comme la seule façon de rendre leur rentabilité aux mines, et ainsi de combler le déficit mondial d'offre en minerai à moyen terme.

Le Hedge Fund canadien « Salida Capital » table sur l'once d'uranium à 100$, lorsque que le marché secondaire de l'uranium sera asséché.

2013, c'est demain.

samedi 1 mai 2010

L’OPEP du gaz à la rescousse du natty

Enrayer la chute des prix sur le natty, le marché gazier, voici ce que l’on pouvait lire sur toutes les lèvres lors de la tenue du Forum des pays exportateurs de gaz.

Surnomé l’OPEP du gaz, le FPEG a réuni lundi 19 avril, à Oran, des producteurs inquiets face à la chute des cours du gaz depuis 2 ans.

Les cours du gaz touchent le fond, et creusent encore !
La consommation mondiale de gaz en 2009 s’est contracté de 5% selon Cedigaz, principalement en Europe et en Asie. Cette baisse a amené les prix du gaz à ramper à 4$ million de BTU (British Thermal unit) en mars dernier.

Tuons dans l’œuf tout optimisme : La fin de la crise ne fera pas rebondir les cours. Vous voulez savoir pourquoi ?

Avec 0.9% de croissance prévue en Europe en 2010, et 1.8% au Japon, deux des plus gros consommateurs de gaz, la croissance du marché devrait péniblement atteindre 1% ou 1.5%.

La Chine, habituelle pourvoyeuse de bonnes nouvelles économiques, n’a pas l’intention de jouer encore une fois les locomotives de la demande. Le pays a misé essentiellement sur le charbon et les énergies renouvelables. Le gaz ne devrait pas excéder 10% de son mix énergétique.

Demande anémique et offre excédentaire, la recette d’une bulle gazière
Bien sur, la crise a contribué à faire chuter les cours, qui caracolaient à 13$ le million de BTU en 2008. Pourtant, elle n’est pas la seule responsable. Un autre facteur l’a aidé à noyer le marché : Les gaz non-conventionnels.

La production de gaz non conventionnel aux Etats Unis compte désormais pour un tiers de la production actuellement, et pourrait atteindre 60% en 2030. Grâce à la flexibilité du marché américain, ce offre supplémentaire s’est tout de suite répercuté sur les marchés spot : Le prix du gaz sur le Henry Hub est actuellement de 50% inférieur au prix des contrats à long terme !

L’homogénéisation des marchés, pour le meilleur et pour le pire
Le GNL (Gaz Naturel Liquéfié) a rendu le marché plus liquide, en abolissant la segmentation géographique du marché du gaz. La mauvaise nouvelle, c’est qu’en période de surcapacité, tout le monde trinque.

90 GM3 de GNL seront excédentaire en 2010 et 2011. Ils devrait se déverser sur les marchés d’Amérique du sud et d’Asie, contribuant à leur tour à faire chuter les prix sur ces marchés.

Le Dogme de l’indexation remis en cause
La chute des prix ont donné aux consommateurs l’occasion de critiquer le sacro-saint mode de calcul des prix du gaz : l’indexation sur les prix du pétrole.

Acheter son gaz à prix d’or, autour de 7-8$, quand de l’autre coté de la rue, il est bradé à 4$ sur les marchés spot, évidemment, c’est agaçant…

L’idée serait d’introduire davantage de flexibilité en prenant plus en compte ce qu’il se passe sur les marchés spot.

Devant les premières concessions lâchées par plusieurs compagnies, notamment Statoil et Gazprom, les pays producteurs ont décidé de se concerter sur les moyens d’enrayer la chute des cours.

L’OPEP du gaz, un projet prématuré
Reproduire la structure de l’OPEP pour contrôler le marché gazier en voie d’homogénéisation, l’idée semble judicieuse. Mais pour l’instant, le marché gazier est encore trop divisé :

L’OPEP, c’est l’association d’un « swing producer », l’Arabie Saoudite, avec les producteurs d’un même produit standardisé, vendu aux quatre coins du monde. La FPEG, pour l’instant, n’a ni patron, ni marché homogène, ni produit homogène.

La Russie possède les réserves les plus importantes, mais son marché est rigidifié par les gazoducs. Le Qatar semble engagé dans une stratégie court-termiste de gain de parts de marché, sans souci excessif de la rentabilité. L’Iran et l’Algérie sont trop faibles économiquement et politiquement pour pouvoir agir seuls.

Revenir aux fondamentaux
En attendant qu’un stratégie commune se dégage, les pays producteurs se sont prononcés unanimement pour un maintien de l’indexation du gaz sur les cours du pétrole, seul moyen d’atteindre un prix « juste ».

Chakib Khelil, le ministre algérien de l’énergie et des mines, a estimé qu’une parité de « 1 à 6 » avec le pétrole serait normale. Un tel calcul amènerait le MBTU à 13-14$.

Vers un G2 du gaz ?
L’avenir du gaz se jouera autour de la Russie et du Qatar. Les deux pays ont déjà commencé à se rapprocher, en lançant en mars dernier un projet de « commission de coopération » bilatérale. Premier pas vers un condominium gazier ?

Je vois deux raisons crédibles à sa réalisation :

1. Le GNL devrait se développer rapidement, grâce à sa flexibilité et sa meilleure couverture des risques financiers. Le Qatar, possédant les troisième réserves mondiales de gaz, et une importante flotte de méthaniers, sera donc bientôt capable d’inonder les marchés. Seule l’Europe et les Etats unis lui échapperont.

2. La Russie pourrait laisser le Qatar s’imposer comme le « swing producer », en échange d’une non intervention sur le marché européen, où les capacités GNL sont encore très faibles.

mardi 20 avril 2010

La Russie se pose en acteur incontournable du nucléaire mondial


Dans un précédent article, j’avais souligné la vitalité du nucléaire russe. Bien organisé, tourné vers l’exportation, les centrales russes avaient réussi à pénétrer plusieurs marchés étrangers. Il est un autre marché sur lequel le Kremlin est en passe de s’imposer, le marché de l’uranium.

Depuis le début de la réorganisation de la filière nucléaire russe, en 2005, Rosatom a multiplié les partenariats à l’étranger. Le géant de l’atome a également développé ses capacités et ses technologies d’enrichissement. Cette stratégie pourrait à l’avenir permettre à la Russie de profiter de l’envolée prévue des cours de l’uranium, et des besoins en combustibles des marchés émergents.

En parallèle, ce positionnement sur un secteur particulièrement sensible, touchant à la fois aux problématiques énergétiques et de prolifération nucléaire, pourrait donner à Moscou une visibilité et une responsabilité nouvelle sur la scène internationale.

Le marché de l'uranium en forme de U
L’activisme russe dans ce secteur est justifié par les prévisions à la hausse du prix de l’uranium dans les prochaines années. Actuellement à un niveau justifiant à peine son exploitation, autour de 40 dollars la livre, deux facteurs devraient tirer à la hausse le cours du minerai : l’augmentation de la demande mondiale d’énergie nucléaire et la raréfaction des mines facilement exploitables.

La demande sur le marché de l’uranium excède actuellement l’offre. En 2009, les mines produisaient 108 millions de livre, pour une consommation de 170 millions. L'écart était comblé par la reconversion des armes nucléaires russes, dont le plutonium était utilisé à des fins civiles. Mais la demande devrait augmenter de 67%, pour atteindre 284 millions de livres 2030, selon la « World Nuclear Association ».



Le principal obstacle demeure l’exploitation de nouvelles ressources d’uranium. Les mines les plus facilement exploitables ont déjà été mises en service. De nouvelles capacités demanderont davantage d’investissements, pour des rendements parfois équivalents. Le prix de l’uranium sera ainsi considérablement réévalué. Déjà, le prix de l'uranium négocié sur des contrats de long terme dépasse les 60 dollars.

La stratégie « Nespresso » de Rosatom
Conceptualisée par Anne Lauvergeon, la stratégie « Nespresso » adoptée par Rosatom, le conglomérat public du nucléaire russe, consiste à accompagner l’offre de centrale d’une offre de combustible. En s’imposant sur le marché des centrales, Moscou s’impose ainsi mécaniquement sur le marché de l’uranium, qui demeure une activité bien plus lucrative.

C’est cet intérêt bien compris qui a amené Sergueï Kirienko, le patron de Rosatom, a développer l’offre russe dans le combustible. En 2007, le parlement russe a adopté la loi de « développement du complexe industriel énergétique nucléaire pour les années 2007-2010 et jusqu'à 2015 ». Cette loi a tout d’abord permis de développer le potentiel minier russe, afin de renforcer l’autosuffisance du secteur à hauteur de 70% d’ici 2015 (20% actuellement). Dans un deuxième temps, Rosatom s’est vu attribuer un budget conséquent afin d’acquérir à l’étranger des actifs miniers, et d’accroître ses réserves de matières premières.

Rosatom renforce la concentration du marché
Afin d’accroître ses réserves, Rosatom a misé sur les partenariats étrangers. Dans cette optique, Atomredmetzoloto, la société chargée de l’extraction au sein de Rosatom, et Techsnabexport, la société chargée des exportations, ont reçu 457 millions d’euros de l’Etat en 2009. En toute logique, les sociétés se sont tournés vers les trois premiers pays producteurs d’uranium.

Au Kazakhstan, qui dispose de 15% des réserves mondiales d’uranium, Rosatom a établi une joint venture avec Kazatomprom chargée d’exploiter les mines d’uranium kazakhstanaises. Au Canada, qui produit 50% de l’uranium mondial, Rosatom a signé un accord de coopération avec le sociétés canadiennes « Comeco » en 2007 et « Uranium One » en 2009. En Australie, qui produit 30% de l’uranium dans le monde, le gouvernement a autorisé ce mois-ci les sociétés minières australiennes a vendre de l’uranium à la Russie, en vertu d’un accord signé en 2007 par Vladimir Poutine et John Howard, le premier ministre australien de l’époque.

Angarsk, le grenier de l’atome
L’acquisition de grandes quantités de minerai est destinée à servir les capacités d’enrichissement d’uranium du pays, dont Moscou maîtrise les technologies. Moscou dispose déjà de 40 % de parts de marché de l’enrichissement dans le monde. Le pays est également responsable de 17% des livraisons de combustibles dans le monde, chiffre qu’il entend porter à 25% en 2030.

Afin de renforcer son rôle dans ce secteur, Moscou a annoncé en mars dernier la constitution d’un stock stratégique d’uranium à Angarsk, sous contrôle de l’AIEA. Cette « première banque de combustible » nucléaire, selon Sergueï Kirienko, devrait être consituté de 120 tonnes de combustible, permettant de faire fonctionner deux réacteurs classiques de 1000 mégawatts. L’ambition de ce projet est de répondre à la demande des pays émergents désireux de se lancer dans le nucléaire.

Le nucléaire, vecteur de l’influence russe sur la scène internationale
La stratégie poursuivie par Moscou s’apparente bien à une volonté de peser sur le secteur nucléaire à l’international. En prenant possession d’un grand nombres d’actifs miniers à travers le monde, Moscou se pose désormais en maillon essentiel de la filière du nucléaire civil, dans une optique du redémarrage international de la filière.

Mais au de-là d’un leadership économique, la stratégie suivie entend surtout procurer au Kremlin une visibilité internationale. L’implication russe dans le dossier iranien en a témoigner. En début d’année, Moscou a proposé à Téhéran d’utiliser ses stocks d’uranium d’Angarsk afin d’alimenter les centrales iraniennes. Cette stratégie a permis à Moscou de se poser, conformément à ses ambitions de puissance, comme un pont entre le monde musulman et l’occident.

Ainsi, la filière nucléaire revêt une importance stratégique pour le pouvoir. Son instrumentalisation pourrait à l'avenir servir la quête de puissance sur la scène internationale.

jeudi 1 avril 2010

Moscou, à l’assaut des marchés de l’atome


Depuis plusieurs années, l’énergie nucléaire s’impose, par raison ou par choix, comme une énergie d’avenir dans le futur bouquet énergétique mondiale. La Russie, fruit de son glorieux passé soviétique, possède de formidables compétences techniques dans le secteur du nucléaire civile. Le pays peut également s’appuyer sur les septièmes réserves d’uranium dans le monde.

Fort de ces atouts, Rosatom, l’équivalent russe d’Areva, pourrait s’imposer très vite comme un acteur international majeur sur le marché du nucléaire, estimé à 1000 milliards de dollars sur les 20 prochaines années. La stratégie initiée par le Kremlin témoigne de la conscience du potentiel russe.

Pour s’imposer comme un acteur majeur, Moscou devra être capable de conquérir des marchés en dehors de sa sphère d’influence traditionnelle. En particulier, Moscou devra être capable de proposer une offre adaptée aux marchés émergents, principalement asiatiques, qui tireront la demande mondiale d’énergie.

La construction d’un « champion national »
La santé retrouvée du nucléaire russe est due à la réorganisation de la filière opérée en 2008. En début d’année, Vladimir Poutine fusionne les différents acteurs du secteur afin de former ce que la France appellerait un « champion national » : Rosatom.

En concentrant toutes les activités de l’atome, de l’extraction au retraitement en passant par la construction de centrales, Rosatom atteint une taille internationale. La centralisation du secteur atomique procure ainsi à Moscou les leviers nécessaires pour conduire le développement de la société à l’étranger.

Afin d’alimenter la compagnie d’état, le gouvernement lance en parallèle le programme de renouvellement des centrales nucléaires russes. Actuellement responsable de la construction de 7 réacteurs, le nombre de projet concernera 26 nouveaux réacteurs au total, et permettra à Rosatom de bénéficier d’un marché captif en plein expansion.

La « sphère d’influence » russe
Moscou jouie d’une position de leader sur le marché de l’enrichissement d’uranium, avec 40% de parts. Cet atout stratégique s’est renforcé grâce à la coopération avec le Kazakhstan, qui permet désormais à la Russie d’avoir accès aux 3ème réserves mondiales d’uranium. Moscou a d’ailleurs décidé de constituer un stock d’uranium, en collaboration avec l’AIEA. Estimé à 120 tonnes, ce stock permettra à Moscou de peser sur le marché de l’enrichissement et des livraisons de combustible.

Pour l’instant, Rosatom est présent essentiellement dans la « sphère d’influence » traditionnelle russe. La société construit, ou doit construire, 2 réacteurs en Slovaquie, 2 en Bulgarie, et réhabiliter l’unique centrale d’Asie Centrale, au Kazakhstan. De même, Moscou est le principal fournisseur de combustible aux centrales de l’ancien bloc de l’Est. Rosatom s'est également impliqué dans des projets en Asie Centrale et en Turquie.

Anticiper l’émergence de l’Asie
Pourtant le kremlin nourrit de grandes ambitions. Moscou entend profiter de sa proximité géographique et politique avec les pays émergents pour conquérir 25% du marché du nucléaire mondial, contre 16% aujourd’hui. Cette ambition passera par la conquête des marchés asiatiques, qui devraient être responsable à 50% de la hausse de la consommation mondiale d’énergie primaire d’ici 2030.

La croissance de la consommation d’électricité en Chine en Inde a ouvert les perspectives les plus prometteuses. Ainsi, la Chine a programmé la construction de 60 réacteurs sur 10 ans. La Russie, impliquée actuellement dans la construction de 4 réacteurs, devrait obtenir entre 20% et 25% du marché chinois.

En Inde, la construction de 30 réacteurs est prévue. Bénéficiant de relations privilégiées avec ce pays, Moscou a signé récemment un projet de construction de 10 réacteurs. New Delhi s’est particulièrement réjouie d’avoir conclue un second accord avec Moscou assurant l’approvisionnement en combustible.

Enfin, Rosatom a conquis la quasi totalité du marché vietnamien, stratégie qui pourrait permettre au géant russe de prendre pied en Asie du sud est, notamment en Thaïlande, en Malaisie et en Indonésie.

Un leadership occidental déjà contesté
Ce retour de Moscou sur les marchés internationaux du nucléaire coïncide avec une période de retour en grâce du nucléaire. La croissance mondiale de la consommation d’énergie, et la fin annoncée des énergies fossiles d’ici 2050, ont en effet converti les plus réticents au nucléaire.

Pourtant, les opportunités offertes sur les marchés asiatiques pourraient rapidement se refermer. L’émergence d’une offre spécifiquement asiatique pourrait bientôt concurrencer les plus grandes entreprises occidentales, comme Rosatom, Areva ou Westinghouse. L’échec français à Abu Dhabi est apparu comme un premier avertissement.

Les Coréens avec Kepco, et bientôt les chinois avec CNNC et CGNPC, sont désormais capable de proposer une offre à moindre coût, et surtout mieux adaptée aux marchés émergents. Le salut de Rosatom, d’Areva ou de Toshiba, viendra de leurs capacités à adapter leur offre, en développant des technologiques de pointe tout en restant accessibles économiquement aux marchés émergents.