Mondes Emergents

Another BRICS in the world...

lundi 11 juillet 2011

Quand Rupert Murdoch a voulu briser la forteresse chinoise


Il fut un temps où la Chine ne nous intimidait pas.

Non, je ne pense pas au Grand Bond en avant, ni aux guerres de l'opium, encore moins aux dernières années de la dynastie Ming...Non, je vous parle des années 1990.

Je profite des déboires du groupe de l'homme le plus haï actuellement d'Angleterre pour rappeler que Rupert Murdoch a également répondu aux sirènes de l'émergence de la Chine. C'était avant de se rappeler que ces sirènes nous mènent souvent à notre perte...


Le temps béni des illusions

Ce que j'aime avec les années 1990, c'est que les projets les plus incroyables sont subitement devenus crédibles aux yeux de grands conservateurs élevés dans l'art de la nuance voire de la demi-mesure.

La chute du mur de Berlin, la vague de démocratie en Europe de l'Est, l'entrée de la Chine dans l'économie de marché, autant d'évènements qui ont donné l'illusion de la toute puissance, voire de l'« hyperpuissance », du capitalisme face aux identités nationales.

Et les exemples abondaient pour confirmer ce nouvel ordre mondial. En l'espace d'à peine 10 ans, l'union improbable du FMI et d'oligarques auto-proclamées n'a t-elle pas réussi à privatiser à la fois les ressources et les élections russes ?

Profiter d'un tel scénario en Chine était tentant. Le patron de News Corp pose alors ses valises à Hong Kong.


Quand la Chine s'éveille....

Ruper Murdoch a commencé dès 1991 à traiter avec la Chine. L'objectif est simple : Obtenir un canal de diffusion en Chine.

Le groupe se dote d'abord de l'infrastructure, en rachetant à prix d'or une chaîne Hong Kongaise sur le déclin, Star TV.

Pour diffuser en Chine, le magnat des médias a besoin de connexions. Il va ainsi tout faire pour être le plus proche des dirigeants au pouvoir. Et Rupert Murdoch ne va pas ménager sa peine.

Il va ainsi jusqu'à faire publier par sa maison d'édition HarperCollins les mémoires (hagiographiques) de Deng Xiaoping. Il invite aussi son successeur, Jiang Zemin, a une séance de cinéma où il projette Titanic. Il réalise également son aggiornamento politique, mais à l'envers, en s'alignant sur les positions du parti en ce qui concerne les évènements de Tian'anmen. Il va jusqu'à qualifier le Dalaï-lama de « vieux moine très politicien qui se promène en chaussures Gucci ».

La stratégie marche, et la Chaine progresse sur les télés chinoises.


Un glamour de jeunesse

Très vite, Ruper Murdoch passe à la vitesse supérieure. Après la conquête de la chaine Star, le groupe lance deux nouveaux produits, une nouvelle chaine de télévision et un site Internet.

Il se rapproche d'abord de l'homme d'affaire Liu Changle, très bien introduit dans les sphères politiques chinoises. En sentant désormais le pouls du PCC, l'australien-américain peut désormais lancer son projet de chaine de télévision chinoise, la chaîne Phœnix.

Avec ses présentateurs aussi surexcités qu'une matinale de NRJ et l'arrivée du Live et du On-air, les chinois font exploser l'audimat.

La stratégie Internet du groupe, dirigée au passage par la troisième de femme de Rupert Murdoch, reproduit la même stratégie, avec les mêmes effets. Lancé en 1997, le site ChinaByte devient l'année de son lancement le premier site visité du pays.

Pourtant, le groupe va rapidement va rapidement voir son aura pâlir.


La machine de guerre de Rupert Murdoch enrayée

Pour respecter tout à fait la chronologie des évènements, les ennuis ont commencé un peu plus tôt pour le groupe en Chine.

Dès le lancement de Star, le PCC a limité la pénétration du groupe en Chine en restreignant puis en interdisant l'achat de paraboles. Star est alors obligé de s'en remettre à la « tolérance » des autorités face au commerce illégal des paraboles pour avoir une audience. Et encore, une audience gratuite.

Pékin va utiliser la même méthode avec la chaîne Phœnix. Sa diffusion est limitée aux hôtels 3 étoiles !

Mais le pire est à venir. En 2003, Rupert Murdoch perd ses appuis politiques. L'arrivée de Hu Jintao à la tête de l'Etat signe la fin de son ascension. Murdoch avoue publiquement que désormais, il « se heurte à un mur ».


Le contenu de Star et de Phœnix siphonné

Le plus étonnant peut être dans cette aventure aura finalement été l'extraordinaire banalité des mésaventures de Rupert Murdoch en Chine. Comme un bon nombre d'industriels, Rupert Murdoch ne s'est pas méfié de l'ambition chinoise.

En multipliant les joint ventures, Murdoch a développé les programme de coopération. Les officiels chinois ont été invités à Londres se renseigner sur le bouquet satellite BskyB du groupe.

Les officiels ont très vite vu l'intérêt de reproduire ce schéma en Chine, à la nuance près que Murdoch ne faisait pas parti des plans. A partir des années 2000, Star, Phoenix et ChinaByte sont copiés de manière industrielle, et revendus sur les chaines nationales.

Comme Alstom, Chanel, Airbus, la Warner et d'autres, Rupert Murdoch s'est fait piraté son « contenu » en Chine.

Aujourd'hui, après avoir laissé 2 milliards de dollars et sa chemise en Chine, Rupert Murdoch ne croit plus en la Chine.

Pourtant le géant des médias est resté en Asie. Nouvel objectif : L'Inde !

(Bientôt l'occasion d'un nouveau post !)



dimanche 3 juillet 2011

Pourquoi les pays émergents ont raté la marche du FMI


Les pays émergents doivent actuellement se demander qu'est ce qu'ils ont fait de mal.

Alors que leurs économies sont toujours aussi florissantes, leur réserves de changes débordantes, et leurs Banques Centrales vigilantes, le FMI vient de se choisir une européenne comme présidente.

Bien sur, on connait la traditionnelle mainmise des européens sur le FMI, et comme toute tradition, elle bénéficie du poids de l'habitude (d'aucun dirait de l'immobilisme).

Pourtant le tour de passe-passe des pays européens reste un coup de maitre. L'espace de quelques semaines, on a remplacé le débat Keynes-Friedman par celui de Mandrake - Copperfield.


L'argument féministe

Tout le monde voyait la ficelle, mais personne n'a rien dire. Oui, l'«affaire DSK» (au vue des récents évènements, je ne sais plus s'il faut parler de tragédie ou de soap opera) a paradoxalement permis à l'Europe de faire un dernier baroud d'honneur à la tête du FMI.

En présentant Christine Lagarde à la tête du FMI, la candidature était inattaquable. Et peu importe que l'on frise le conflit d'intérêt, les banques françaises étant exposées à hauteur de 53 milliards sur la dette Grecque.

Mais le plus incroyable c'est que depuis 10 ou 15 ans, les pays émergents ont fait la preuve de leur bien meilleure gestion monétaire.


Quand les sur-endettés se reconvertissent dans le conseil financier

« Les pays responsables de la plus grande crise depuis la Grande Dépression....vont élaborer les codes de conduite pour le reste du monde ». La déclaration vient du vociférant ministre brésilien des finances Guido Mantega.

Le ministre brésilien a été récemment été conforté dans son opinion par le rapport annuel de la BRI, la Banque de Règlements Internationaux.

« Contrôle des risques systémiques », « réserves obligatoires de banques », « surveillance de l'équilibre financier », tous ces critères étaient déjà appliqués par les banques centrales émergentes selon le rapport.

Les pays développés commencent seulement à développer ces outils. Et encore, Ben Bernanke reste accroché à sa « crise de 29 pour les nuls » en gardant les taux directeurs de la FED à 1.5%.

Alors pourquoi les pays émergents restent ils désespérément dans l'antichambre des institutions internationales ?


Un union politique en devenir, et qui le restera...

Les pays émergents arrivent de mieux en mieux à faire valoir leurs intérêts nationaux, mais de moins en moins leur intérêt collectif. C'est bien ce qui se dégage de cet épisode.

Ces pays resteront en marge sur le plan multilatéral tant qu'ils n'arriveront pas à s'unir sur le plan politique. Et cet horizon m'apparaît bien lointain, comme je l'ai souvent exposé sur ce blog.

Si je ne vois pas de coalition de pays émergents possible, je suis convaincu que ces pays compteront dans la désignation du prochain président du FMI. Une coalition Emergés-Emergents sera bien plus facile à mettre sur pied.

Mais d'ici là, le concept d'émergent aura eu le temps de changer de sens une bonne dizaine de fois.

mardi 28 juin 2011

Le plus grand hub du monde émerge


Il y a des réalités qui nous échappe parce que l'on reste attaché à une émotion, à une idée reçue, à l'éclat d'un souvenir...« l'Afrique est un continent en guerre », « Martigues est une jolie ville », « les ONG nous veulent du bien »...j'ai moi-même longtemps cru que Jim Jarmush était un cinéaste parce qu'il utilisait le noir et blanc.

Il est en train de se produire le même phénomène dans le Golfe Persique.

A l'insu des pays développés, les pays du Golfe sont devenus en quelques années des pays émergents !


Les pays du Golfe ont deux inconvénients qui nous ont aveuglé

D'abord, ils possèdent du pétrole, ou sont entourés de pays qui en possèdent. Ensuite, ils ont pour voisin un pays récalcitrant à l'ordre occidental, l'Iran.

Ces deux raisons expliquent pourquoi les termes de Kirkouk, Aramco ou encore Pasdaran ont presque fini par devenir familiers à nos oreilles, alors que nous ignorons encore tout des voitures que préfèrent les Dubaïotes, le peintre à la mode à Abu Dhabi, où le tube de Shakira que les Qataris détestent.

Ce que je veux dire, c'est que l'omniprésence du pétrole dans nos rapports avec ces pays nous a empêché de voir l'essentiel : Ces pays émergent !


Le Golfe sort la tête du baril

Il y a avait pourtant quelques signes annonciateurs. L'arrivée fracassante de compagnies dans l'aérien, comme Emirates ou Qatar Airways, dans le transport maritime, avec Dubaï Ports World, ou dans la banque, avec la banque islamique Abu Dhabi Islamic Bank.

Mais 2011 devait être l'année du sacre. Le 22 juin dernier, le MSCI devait donner son avis sur le passage du Qatar et des Émirats Arabes Unis du groupe des « frontier markets » au groupe star des émergents, les « emerging markets ». L'annonce paraît anodine, l'importance est immense.

Le MSCI est le premier instrument d'investissement au monde. Vous voulez placer le bas de laine de votre grande mère sur la dette chilienne ? Sur les pays émergents avec un levier 2 mais

votre grand mère hésite avec un levier 3 ? Le MSCI a déjà créé un indice sur ces thèmes, et vous

permet d'y investir.

L'avantage ? Il vous donne un passeport et de la visibilité sur les places financières.

Beaucoup attendait un échec suite aux évènements dans le monde arabe. L'annonce a finalement été reporté pour décembre. Ce n'est qu'une question de mois pour que le Golfe parlent gros sous avec la Chine.


La stratégie du hub

Lorsque l'on trace une droite sur un planisphère en partant de l'Europe et en direction du Moyen Orient, notre droite s'arrête automatiquement sur le Golfe. Si on la prolonge, la droite croise l'Inde, Singapour, la Malaisie, c'est à dire le nouveau rond point commercial international.

Les pays du Golfe ont construit leur croissance comme ça, en devenant une étape essentielle des trajets inter-continentaux. D'ailleurs, les sociétés que j'ai cité plus haut sont toutes spécialisées dans le transport, que ce soit de personnes, de marchandises ou de capitaux.

L'important, c'est que ça se déplace !


Une stratégie de long terme

Cette stratégie sera également mise en valeur par un autre axe, l'axe Asie-Afrique, bientôt les deux continents les plus peuplés du monde.

Et les pays du Golfe pensent déjà à l'après « hub ». Ils commencent à mettre en place les infrastructures pour anticiper l'arrivée d'autre populations que les cabinets financiers ou les femmes de ménage philippines.

Les services et surtout le tourisme sont parmi les priorités du Conseil de Coopération du Golfe, la tête pensante du Golfe Persique.


Une émergence économique, qui le restera

Malheureusement, le pétrole a eu un autre effet autrement plus pervers pour la région que sa sur-médiatisation, il les a privé de poids politique.

Leur armées sont toutes sous la coupe des États-Unis.

Or sans influence politique, il est peut probable qu'Abou Dabi bénéficie un jour de l'aura international que Pékin, New Delhi ou Brasília ont su capter en prenant position sur des questions internationales.


Il est donc à craindre que les pays du Golfe subissent à terme le "syndrome japonais". Ils brilleront dans le commerce, mais seule une poignée de spécialistes connaîtra le nom de leur premier ministre.


dimanche 19 juin 2011

L'Amérique du Sud à nouveau sur le radar de Brasília


On connait les ambitions du Brésil sur la scène internationale (voir article du 16/04). On connait mal sa politique régionale.

Cette zone d'ombre s'explique facilement. Lula s'est longtemps senti plus à l'aise devant George Bush Jr, Hu Jin Tao ou Ban Ki Moon que devant les représentants du Mercosur (le marché commun sud-américain).


Le Brésil est-il devenu snob ?

Le rôle croissant que Brazilia joue à l'ONU ou au sein de BRICS a probablement contribué à détourner Brazilia de ses intérêts régionaux. Mais il faut reconnaître que la faiblesse de ses voisins n'a pas aidé.

L'Argentine, l'autre grande nation du continent, a déçu. Si la crise argentine de 2001 explique en partie cet échec (poussée dans sa chute par un FMI que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître....), les dirigeants n'ont pas réussi à placer leur pays parmi le groupe de tête des pays émergents. Avouons qu'un passage des BRICS aux BARICS n'aurait peut être pas été aussi accrocheur...

Aux cotés de l'Argentine, les relations avec le Venezuela et surtout avec la Bolivie sont toujours restées houleuses, sur fond de rente gazière et de nationalisme galopant.

La fraicheur des relations du Brésil avec ses voisins est paradoxalement devenu un handicape pour ses ambitions internationales. Les pays sud-américains ne semblent actuellement pas prêt à laisser Brasília représenter le continent dans les instances internationales. Le Mexique et l'Argentine en particulier bloquent pour l'instant la candidature du Brésil à un siège de membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU.

La diplomatie brésilienne semble avoir un peu vite oublié l'adage de Napoléon, « les États font la politique de leur géographie ».


Sexe, drogue et fonds de placements

Brasília a donc commencé à s'intéresser à nouveau à ses frontières. Immigrés surinamiens, drogues vénézueliennes, gaz bolivien, armes colombiennes, électricité paraguayenne...les sujets de coopérations ne manquent pas.

Le Brésil a d'abord commencé par renforcer les capacités de l'Union des Nations Sud-Américaines (UNASUR) sur le plan sécuritaire. Mais c'est principalement sur le plan économique que le Brésil a décidé d'être plus entreprenant.

Banco do Brasil, la plus grande banque du continent, vient de déclarer vouloir s'implanter dans plusieurs pays sud-américains. La banque vise le Chili, l'Argentine et la Colombie, deux pays qui possèdent les économies les plus développées du continent. Du fait de ses taux de croissance exceptionnels depuis 10 ans, le Pérou fait également parti des plans de la banque brésilienne.

C'est également sur le plan des idées que le Brésil veut progresser en Amérique du Sud. Une raison de plus de multiplier les « fêtes de voisins » régionales.


L'influence du « lulismo »

L'influence du Brésil sur le plan des idées est en train de devenir une source d'influence majeure du pays sur le continent.

Lors de l''arrivé au pouvoir du candidat socialiste Ollanta Humala à la tête du Perou début juin, les observateurs ont un peu trop rapidement fait basculé ce pays dans le camp de la gauche « chaviste », traditionnellement opposée à la gauche « luliste » depuis 10 ans.

Or l'influence du modèle brésilien sur cette candidature a été bien plus grande qu'on ne le pense. Le candidat au passé chaviste a été conseillé tout au long de sa campagne par les propres conseillers de Lula. Cette victoire a ainsi contribué à brouiller les cartes de la gauche socialiste sud-américaine, annonçant peut être l'essoufflement de la dynamique anti-capitaliste et anti-américaine de Chavez.

Après la déferlante de l'École de Chicago dans les années 1970, l'École de Brazilia est-elle en passe de s'imposer sur toute l'Amérique du Sud ?




mardi 14 juin 2011

L'Asie troque ses électrons contre des neurones



Une Révolution !

Cette fois oui, on nous l'assure, c'est une vrai Révolution ! Plus de doute possible.

Après des années de dur labeur, il paraît que les géants de l'électricité ont trouvé LA solution pour consommer mieux de l'énergie, voire moins, en tout cas différemment...

Et cette Révolution a un nom : Les Smart Grid !

Remarquez, en français, l'expression « réseau intelligent » nous laisse un vague sentiment d'incompréhension rapidement dissipé par une vague de désintérêt. Alors qu'avec les « Smart grid », on imagine déjà notre maison dans un spectacle Son & Lumière version Chambord...

Mais on en est pas tout à fait là. Et pour tout dire, la Révolution se fait un peu attendre....


Du concept fumeux au compteur électrique

Vous partagez peut être cette impression. Attendre l'électricien qui nous installera un smart grid revient encore le plus souvent à attendre Godot.

Je n'ai pas noté de lueur particulièrement intelligente dans l'ampoule de mon frigidaire, ni dans cette celle de ma lampe de chevet, quand à Chambord dans ma salle de bain, j'attends encore....

L'explication est assez simple. Concrètement, en France, cette « Révolution » n'a consisté encore qu'à installer des « compteurs intelligents ». Cette fois, même l'expression en anglais, « smart meter », n'arrive pas à nous faire rêver. Il s'agit de compteurs dotés d'un écran numérique qui affiche notre consommation en direct. Révolutionnaire en somme.

Et nous en sommes qu'à la phase de teste. Seule un poignée de particuliers ont pu expérimenter la joie de lire en direct la consommation de leur friteuse ou de leur lave-linge.

D'ailleurs, au regard de la difficulté à équiper les quelques ménages du Rhone et de la Tourraine qui ont été choisis pour le test, le plaisir ne doit pas être si intense.

Non, la seule chose intéressante à ce stade qui existe sur les smart grid, c'est leur géographie.

Les smart grid sont actuellement testés en France, sont un peu plus répandus en Italie, et en phase de test aux États-Unis.

Mais vous savez où est ce que les constructeurs de réseaux s'installent ? En Chine et en Inde !


Consommer plus tout en produisant moins, la recette miracle pour les émergents

La Chine et l'Inde partagent deux problématiques. D'une part ils ont besoin de consommer toujours plus d'énergie. D'autre part ils sont conscient depuis longtemps du danger d'accroitre leur dépendance énergétique.

Et quand on veut consommer tout autant en polluant moins, il n'existe qu'une seule solution : consommer différemment.

C'est justement le rêve prométhéen des smart grid, et c'est bien ce rêve que veulent leur vendre les énergéticiens.

En l'espace de quelques mois seulement, des géants de l'énergie sont arrivés à coup de milliards sur le secteur des smart grid en Asie.

C'est d'abord Alstom qui a pris la décisions en mars d'installer son centre de R&D « Alstom Grid » en Chine.

En mai dernier, c'est Schneider Electric qui a racheté coup sur coup Telvent et surtout l'indien Luminous, tous les deux spécialisés dans les smart grid.

Enfin, Toshiba a annoncé fin mai le rachat de Landi+Gyr pour 2.3 milliards de dollars. Ce rachat lui permet de détenir la société qui a été choisie pour équiper les foyers chinois en « compteurs intelligents ».


Une tournant industriel et technologique

Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'avenir des smart grid se jouera en Asie. Vu de France, le concept est fumeux, incertain, voire inutile. Vu de Chine, le marché est gigantesque, illimité voire délirant.

Surtout, ce tournant fera de l'Asie un des pôles technologiques internationaux. Le réseau intelligent, c'est l'enfant illégitime de la révolution des télécommunications des années 1970 et 1980.

C'est pourquoi les smart grid attireront bientôt à Shanghai et Shenzhen les noms les plus prestigieux des high tech. Après Toshiba suivront Google, Microsoft ou encore IBM.

La fuite des cerveaux, mêmes électriques, s'accélèrent.

dimanche 5 juin 2011

Pour en finir avec l'illusion des BRICS

Cela faisait tellement longtemps que l'on annonçait à cor et à cri la fin de l'Europe, le pourrissement des démocraties européennes, l'enfoncement dans un ecolo-pacifisme stérile, que la probable reconduction d'un européen à la tête du FMI a pris à rebours encore une fois la plupart des commentateurs.

Ce scénario tient a deux raisons.


Les BRICS, un malentendu

Cette reconduction ne tient pas tant à l'unité européenne qu'au manque de cohérence des pays émergents. Je suis souvent revenu dans ce blog sur l'inanité du groupe des BRIC, devenu BRICS récemment. Goldman Sachs, à l'origine de l'acronyme, n'a jamais désigné autre chose que l'émergence économique de ces pays.

Libre à ceux qui le désiraient de s'engouffrer dans la brèche et de prétendre émerger sur la scène politique. Ce qui fut fait avec l'institutionnalisation des rencontres annuelles des BRICS, rencontres régulièrement recouvertes d'une fine couche de politique.

Par un mystère aussi inexplicable que désespérant, les pays européens ont commencé à croire à la force cette union, et à entretenir un complexe d'infériorité devant celle-ci. Bien que cette union ait à mes yeux autant de poids géostratégique qu'une association de pêcheur à la palangrotte du marais poitevin, les BRICS ont fait irruption dans une presse internationale avide de simplification et de rapport de force imaginaire.

La deuxième raison tient davantage à la nature de la diplomatie européenne.


L'Europe comme table de négociation

Ce qui est déplaisant pour une table de négociation, c'est qu'on s'assoit dessus la plupart du temps. L'avantage, c'est qu'elle est au centre des discutions. A force de prôner des valeurs de tolérance, d'écoute plutôt que d'affrontement, l'Europe a compensé son déficit en « hard power » par une vrai capacité de dialogue sur la scène internationale.

Au prix d'un abandon d'une politique de défense de ses intérêts, l'Europe à réussi à s'attirer la confiance de plusieurs pays émergents. Le Brésil est depuis plusieurs années un allié de la France. L'Inde court depuis longtemps derrière un accord de libre échange avec l'Union Européenne.

En présentant Md Lagarde à la tête du FMI, l'Union Européenne semble jouer sur ce statut ambiguë de puissance inoffensive. Bien entendu, l'heure n'est pas aux programmes idéologiques, et cette candidature européenne de consensus convient à ces heures difficiles.

Mais il ne faudrait pas que l'Europe se recroqueville dans ce rôle de technicien. Alors que les Etats Unis se préparent à une rechute de leur économie, et que les BRICS, dans leur forme actuelle, restent incapables de s'unir pour proposer une gouvernance mondiale cohérente, l'Europe a encore une carte à jouer...si seulement Md Asheton se réveillait.


vendredi 27 mai 2011

La Chine bientôt en pénurie de charbon ?



Les Etats-Unis ont connu le pic du pétrole 30 ans avant tout le monde. La Chine imitera bientôt les Etats-Unis dans le charbon...

Alors que la consommation ne cesse d'augmenter dans l'Empire du milieu, le gouvernement commence à s'inquiéter de l'état de ses ressources. L'Etat a même été forcé de rationaliser la consommation.
L'image de "grenier à charbon" de la Chine pourrait bientôt disparaître.


Positif pour l'environnement ? Oui.
Positif pour le gouvernement ? Non.


Car la Chine aura besoin encore longtemps du charbon. Et avec l'épuisement de ses ressources, la Chine devient de plus en plus dépendante des importations. Or les prix internationaux du charbon explosent depuis un an.


L'appétit dévorant de la Chine fera des heureux : les producteurs de charbon qui sauront profiter de l'envolée des prix.

Les "cygnes noirs" font décoller le minerai
Les prix internationaux du charbon ont touché les 124 $ début mai.
Cette hausse a notamment été alimentée par deux événements inattendus (cygnes noirs):

  • le tsunami et la catastrophe nucléaire japonaise. La reconstruction nécessitera un surcroît d'importations de charbon.
  • les inondations. Les mines de charbon australiennes, sud-africaines et colombiennes ont été partiellement inondées. 15% de la production australienne serait perdue. L'offre est à la peine.

Mais surtout, c'est bien une tendance plus lourde qui porte le marché depuis un an : la consommation chinoise !


Le plus grand consommateur de charbon au monde
La Chine est à la fois le plus gros consommateur et le plus gros producteur de charbon au monde.

Qui plus est, le pays est assis sur les troisièmes réserves mondiales, derrière celles de la Russie et des Etats-Unis. En revanche, sa place sur le marché international du charbon était jusque-là relativement réduite, le pays étant auto suffisant en charbon jusqu'à très récemment.

Ces atouts lui ont tout de même permis de faire passer sa production de 646 millions de tonnes équivalents pétrole en 1999, à 1.552 milliards en 2009. Malgré ses efforts côté production, cela n'a pas suffi. Sa consommation exponentielle a changé la donne.

La production n'arrive plus à suivre
Rien que pour le premier trimestre 2011, la consommation d'électricité a augmenté de 12%. La rapidité de l'électrification du pays a laissé la production à la traîne.

Les producteurs chinois comme Shenhua Energy et Yanzhou Coal Mining ont longtemps permis de maintenir la production à des rythmes très élevés. La production a encore augmenté de 15% en 2010.

Mais ce rythme est désormais bien en dessous du niveau de la consommation. Les importations ont ainsi dû augmenter de 42% la même année.

Aujourd'hui, la Chine arrive à gérer la pénurie, forçant des industries énergivores à fermer ponctuellement (c'est le cas des hauts-fourneaux aluminium par exemple).

Les émergents font la fortune des charbonniers
La Chine n'est pas la seule à compter majoritairement sur le charbon qui fait 80% de son électricité.
L'Inde utilise énormément le charbon pour produire son électricité. Les rythmes de consommation ont ainsi été similaires. La consommation indienne a augmenté de 50% sur les
sept dernières années.


Une coûteuse rationalisation
A la consommation chinoise effrénée s'ajoute un autre phénomène qui pousse les cours à la hausse : la rationalisation de l'industrie charbonnière chinoise.

L'Etat communiste est de plus en plus concerné par les risques environnementaux liés au charbon. Le gouvernement a ainsi ordonné la fermeture des petites mines jugées illégales ou trop dangereuses.

La décision a été catastrophique pour les régions fortement accros au charbon. Pour la seule région du Shanxi, la production a baissé de 10% fin 2009 du fait de l'arrêt brutal des centrales. Cette région a dû augmenter de 171% ses importations pour faire face à l'arrêt brutal de sa production.

Cette rationalisation pourrait laisser le pays dans une situation d'importation jusqu'en 2015.

Le contrat sur le charbon décolle
La hausse de la consommation et la baisse de la production ont conduit tout naturellement à une explosion des prix.

Les contrats passés entre les producteurs et Pékin ont atteint des chiffres jamais vus. Pour 2011-2012, la géant minier Xstrata a conclu un contrat avec le Japon à 130 $ la tonne. C'est une augmentation de 32,6% en à peine un an.

L'Australie et l'Indonésie sortent gagnants
Les principaux producteurs de charbon asiatiques sont évidemment les grands bénéficiaires de l'appétit chinois et indien.

Selon l'Energy Information Administration, les exportations australiennes en direction de l'Asie devraient augmenter de 64% d'ici 2035. Sur la même période, les exportations de l'Indonésie devrait augmenter de 26%.


Cet article a été publié sur www.edito-matieres-premieres.fr

samedi 14 mai 2011

La Chine, art, spéculation et poissons monochromes

Il semble bien loin le temps où Simon Leys décrivait l'asphyxie culturelle de la Chine. Jiang Qing aux commandes, les bibliothèques regorgeaient alors des œuvres de Mao et les opéras étaient au nombre de 4. L'art avait alors été vidé, asséché, dévitalisé par la veuve Mao qui pourtant aurait excellé dans le rôle de la mère Thenardier.

En mars dernier, Pékin vient de mettre une corde de plus à son arc : l'art. Ou plutôt le marché de l'art. La Chine est devenue le deuxième marché de l'art dans le monde devant l'Angleterre, pourtant mère patrie de Christie's.


Quand Baishi Qi passe devant Andy Wharol

La Chine était déjà très présente sur le marché de l'art.

Parmi les 10 artistes les plus cotés au monde, 4 sont chinois. Picasso est suivi de Baishi Qi (photo), puis de Wharol, pour retrouver ensuite Daqian Zhang et Beihong Xu et Baoshi Fu. Et parmi les artistes contemporains, les chinois s'imposent également. Dans le top 10, après Basquiat, Koons et Prince, suivent 6 artistes chinois.

La Chine possède également des maisons de ventes. Derrière Sotheby's et Christie's pointe 7 maisons chinoises, comme Poly International ou China Guardian.

Je ne crois pas aux coïncidence, comme à l'émergence d'une génération spontanée de talent. J'ai plus tendance à croire aux coups de projecteurs et aux investissements spéculatifs. Dans ce secteur, la Chine s'en sort pas trop mal...


La subversion commerciale

On ne peut pas dissocier la montée en puissance de la Chine actuellement et le boom de son marché de l'art. Oui, j'enfonce les portes ouvertes. Les quelques lignes qui suivent s'adresseront donc à toi, lecteur naïf qui pense encore que Ben est original et Bernard Buffet a du talent.

Je me souviens d'un numéro de la série Strip Tease, de France 3, qui avait été consacré entièrement au collectionneur d'art Pierre Hubert. L'émission le suivait notamment en Chine faire le tour de plusieurs ateliers. La façon d'acheter les toiles m'avait sensiblement rappelé le choix attentif que je porte tous les samedi matin à acheter mes tranches de jambon. La comparaison vaut aussi lorsque je dois investir une forte somme dans une nouvelle paire de chaussettes.

Le collectionneur sillonnait au pas de charge les ateliers et achetait en vrac. Mais le plus intéressant était la qualité des toiles. Acidulées, faussement politiquement incorrect. On aurait pu les rapprocher de Lichtenstein si ces artistes avaient eu à leur disposition plus d'un stabilo jaune, et avaient eu du talent.

Mais le collectionneur avait repéré le trio gagnant :

    Sujets politiques + Couleurs fluos + Émergence de la Chine


Les fonds d'investissement, ou le goût de l'art

Cet exemple illustre une tendance, le marché de l'art chinois est devenu un eldorado pour les fonds d'investissement en quête de placements. L'art, c'est un peu comme les métaux précieux ou les sacs Hermès, leur marché est souvent épargné par les krachs boursiers.

Ce mouvement spéculatif a été illustré avec le succès foudroyant de Zhang Xiaogang (photo). Début Avril, cet artiste réalisait un record pour une œuvre contemporaine chinoise, avec la vente d'un triptyque pour 7.1 millions d'euros. L'artiste avait déjà flambé dans les années 2000, où une œuvre vendue à 40 000 euros en 2003 avait atteint 2.3 millions en 2006.

Le succès de la collection Ullens, décrite par les Echos du 15 avril, avait également été expliquée par l'arrivée d'un fonds d'investissement américain.


Les émergents déplacent le centre de gravité de l'art

Vous l'avez remarqué, la Chine n'est pas le seul pays émergents. Le Moyen Orient ou l'Inde décollent aussi depuis 10 ans. Et leur marché de l'art également....quand je vous dis que les coïncidences n'existent pas.

Sotheby's a annoncé récemment que le marché du Moyen Orient connaissait le plus fort taux de croissance dans le monde. De même, L'Inde commence à remuer, portée par le portefeuille sans fonds des grandes familles indiennes comme les Mittal ou les Ambani.

La conclusion apparaît bien simple. En art comme en immobilier, l'argent va là ou le marché est porteur. Peu importe que les artistes locaux se rapprochent plus de Combas que de Picasso....

dimanche 24 avril 2011

Pourquoi les BRICS dominent l'industrie minière internationale



Ce lundi, mon patron s'est tourné vers moi, le regard illuminé, et m'a déclaré tout de go : « il serait pas temps de sortir un petit article sur les Terre Rares ? »

Tout heureux qu'un mois se soit déjà passé depuis mon dernier article sur le sujet, il a alors estimé que nos lecteurs risquaient d'oublier THE sujet du moment, THE sujet explosif, THE

thème qui nous fait bondir nos abonnements !

Et je dois avouer, je suis chaque fois étonné qu'autant de gens ignorent encore l'importance de ces 15 métaux. Non pas parce que je passe la moitié de mon temps à écrire dessus, mais parce qu'ils sont vraiment importants.

Voiture électrique, aéronautiques, panneaux photovoltaïques, Ipod, voire frigo intelligent et ampoule basse consommation...nous dépendons tous des terres rares.

Même ma grand mère, qui refuse pourtant obstinément de lire Roger Martin du Gard sur le Ipad que nous lui avons offert à Noël...


La partie émergée du terril

Le sujet est de plus en plus médiatisé depuis que nous nous sommes rendu compte que la Chine produit 95% des Terres Rares dans le monde.

Si vous voulez plus de détails, j'ai publié en janvier dernier sur ce blog un article spécifiquement sur les Terres Rares.

Au de-là des Terres Rares, c'est l'effet zoom de cette question qui m'intéresse.

Chine + High Tech + Énergies Renouvelables, j'étais sur d'attirer quelques lecteurs à la recherche de sensation forte.

Mais le cas des Terres Rares ne représente que la partie émergée de l'iceberg (ou du terril, si vous préférez...).

La réalité, c'est que les pays développés ont perdu la main dans l'ensemble de l'industrie minière. Et franchement, nous avons donné le bâton pour nous faire battre...


Quand l'École des Mines s'occupait encore des mines

Dans les années 1960 et 1970, la formation des géologues tournait à plein. Aidés désormais des moyens les plus modernes (géochimie, géophysique, méthodes spatiales...), ces ingénieurs ont multiplié les découvertes.

A tel point que dans les années 1990, le monde de la géologie est tombé dans une ère de glaciation. Pourquoi creuser le sol, alors que nous possédons déjà tous les métaux, et en grande quantité ?

Nous avons alors délocalisé, déjà, ce que nous considérions désormais comme une production trop salissante, pas assez « économie 2.0 ». La production des Terres Rares notamment a été confiée à la Chine, puis ce fut le cas de l'aluminium à la Russie, et du fer au Brésil.

Le problème, c'est qu'avec le retour de la demande au tournant des années 2000, ces producteurs se sont alors retrouvés sur de petits tas d'or.

C'est là que l'histoire commence à mal tourner pour nous.


Le retour de l'enfant prodigue

C'est à partir des années 2000 que nous avons vu fondre sur nos petites gloires nationales les grands groupes industriels des pays émergents.

Péchiney et Arcelor en France, Chaparral aux États-Unis ou encore Inco au Canada, ont vu arriver les Vale, les Mittal, les Chinalco, les Bao steel...

Ces groupes se sont depuis diversifier, et ont réussi à passer du low tech au high tech minier.

Désormais, nous achetons notre fer, notre cuivre, nos terres rares aux émergents.

Par suffisance, par aveuglement, nous avons raté, en particulier les pays d'Europe continentale, le retour de la mine parmi les secteur de croissance. Nous payons aujourd'hui, selon les mot de Benoit de Guillebon, notre attitude « néo-colonialisme » des années 1990.



samedi 16 avril 2011

Le Brésil vampirisé par la Chine


Ce blog n'a encore jamais traité de la puissance brésilienne. Attiré comme beaucoup par les sirènes de la renommée chinoise, je me suis souvent tourné vers l'Asie pour décrypter ces mondes émergents.

Pourtant, à voir le Brésil sur la scène internationale, l'habit de grande puissance n'a pas l'air de le gratter dans le dos.


Béni par la nature et par les Borgia

Devant la balkanisation de la partie espagnole de l'Amérique du sud depuis 2 siècles, la puissance du Brésil s'est imposée naturellement.

Le pays possède 3 atouts majeurs :


  • Une géographie favorable, sans Cordillère pour isoler des régions entières.
  • L'unité du territoire jamais remis en cause par un quelconque conflit.

  • L'absence de conflit entre indiens et européens pour miner la cohésion sociale.

Dans les faits, cette puissance s'est traduite par un ministère des affaires étrangères puissant et efficace, l'Itamaraty. Ce ministère a ainsi été le bras armé de la politique de Lula, qui visait à placer le Brésil au centre du jeu international.

L'idée était de se servir des institutions internationales comme d'une plateforme, voire comme d'un ins

trument, pour contester l'architecture internationale. Cette architecture, c'était l'œuvre des architectes libéraux censés refonder le monde.

Vous savez, c'était le temps des fantasmagoriques années 1990, où l'on croyait que la géoéconomie allait remplacée la géopolitique, et U2 les Rolling Stones...


BSF, Brésil-Sans-Frontières

Le Brésil des années 2000, des années Lula en clair, a ainsi multiplié les initiatives diplomatiques.

Dans un premier temps, l'idée était d'institutionnaliser la stratégie des ONG anti-mon

dialisation des années 1990. Ces ONG avait bien réussi à bloquer le sommet de l'OMC à Seattle. Le Brésil allait les copier, mais en agissant au sein de l'OMC. Ce sera le sommet de Cancun.

Dans un deuxième temps, le Brésil a créé ses propres sommets. Brasília a ainsi réussi à se placer au centre d'un nombre considérable d'organisations et de sommets en tout genre : UNASUR, G20, G77, Isba, BRICS, Sommet Pays Arabes, rapprochement avec les États-Unis, rapprochement avec l'Afrique...

On parlait de « pactomanie » dans les années 1950 pour désigner la politique étrangère américaine. Le Brésil a inauguré la « sommetomanie ».


Une puissance agricole, qui risque de le rester

Pourtant, à vouloir parler avec tout le monde, le Brésil est progressivement devenu inaudible. C'est l'interrogation d'Alain Rouquié, spécialiste de l'Amérique latine contemporaine, lorsqu'il se demande : « le Brésil aurait-il (…) perdu sur tous les tableaux en hésitant entre le proche et le lointain ? ».

Personnellement, c'est en regardant le sommet des BRIC que je vois apparaître les principales faiblesses brésiliennes.

Le Brésil est présenter de plus en plus comme la « ferme du monde », au coté de « l'usine du monde » chinoise et du « bureau du monde » indien.

On retrouvait déjà l'agriculture au sein du blocage des négociation OMC à Cancun. La Brésil avait capitaliser, avec succès, sur la vitalité de son agriculture pour agréger autour de lui les pays agricoles du sud.

Or aujourd'hui, le Brésil est passe d'être cantonné au rôle de grenier par la Chine.


Le Brésil redécouvre la théorie de la dépendance

Depuis 10 ans, le commerce entre la Chine et le Brésil a augmenté de 1300 %. De quoi donner un peu de cohérence au sommet BRICS.

Mais ce rapprochement s'apparente de plus en plus à une voie sans issue. Alors que le Brésil exporte de plus en plus de matières premières vers la Chine, ses importations de biens manufacturés ont augmenté de 60% en 2010 !

Le danger d'une spécialisation dans le boisseau de soja devrait pousser le Brésil a prendre ses distances avec la Chine. Déjà, Brasília vient de se ranger derrière les américains pour demander une réévaluation du yuan.

A quand la demande de libération de Lu Xiabo ?

mardi 5 avril 2011

Internet chinois, un plan de 600 milliards de dollars pour se développer


Oubliez l'"usine du monde", oubliez le "made in China"... la Chine fait sa révolution numérique !

Le nombre d'ordinateurs par famille décolle, le nombre d'internautes monte en flèche, et surtout, les achats en ligne explosent.

Pourtant, cette dynamique montante ne profite pas aux leaders type Google ou Microsoft. Non, la Chine possède déjà ses propres acteurs.

C'est la tendance majeure, la toile parle de plus en plus chinois.

Heureusement pour vous, je me suis mis au chinois récemment...

Le gouvernement veut mettre en orbite les technologies de l'information
Dans l'Edito, nous avons toujours été impressionnés par l'efficacité du volontarisme chinois. Et pour cause. En quelques années, il a permis de construire des géants mondiaux dans les mines et l'énergie.

Aujourd'hui, le gouvernement met le paquet sur les technologies de l'information. Il est grand temps pour nous de s'y intéresser.

Une ambition affichée depuis 2006
Depuis 2006, Pékin prépare le décollage des technologies de l'information. A cette date, le plan quinquennal de développement misait sur quelques secteurs technologiques seulement. De grands groupes sont alors sortis de terre, comme Huawei.

En 2011, la Chine procède différemment en listant les technologies qui lui manquent.

L'objectif est clair : calibrer le prochain plan quinquennal 2011-2016 sur les technologies.

600 milliards de dollars sur 5 ans
Pékin a bien compris que l'avenir se jouera dans les NTIC (Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication). Le plan quinquennal de développement 2011-2016 dévoilé ces jours-ci devrait le confirmer :

Le gouvernement aurait l'intention d'investir 600 milliards de dollars sur 5 ans !

Les technologies de l'information seront au coeur de sa stratégie de développement. 600 milliards sur 5 ans... C'est énorme.

Le cas échéant, pas de doute. 2011 sera l'année où il faudra se placer sur cet immense marché.

Le marché chinois représente une opportunité gigantesque
La Chine est potentiellement le plus grand marché du monde de l'Internet. Un Chinois sur trois est internaute, ce qui représente déjà 400 millions de clients !

Et le taux de pénétration d'Internet en Chine s'accélère. Il va rapidement atteindre le pourcentage américain (90%). Cette accélération signifie que l'on pourrait approcher le milliard d'internautes d'ici 2020 ou 2015 !

L'enjeu financier est énorme.

Le marché numérique chinois pesait déjà 420 milliards de dollars en 2008. Avec un taux de croissance de 20% par an, imaginez les profits possibles !

Les géants chinois se frottent déjà les mains...

Baidu, Alibaba et Tencent, les trois dragons chinois du web
Les acteurs de l'Internet chinois montent en puissance. Leur stratégie est simple : copier les fleurons de la Silicon Valley en ajoutant une touche asiatique.

La méthode a réussi.

Le moteur de recherche chinois Baidu en est un symbole. En quelques années, il a évincé Google. Aujourd'hui, il s'est imposé comme LE moteur de recherche du pays avec 70% de parts de marché.

Le jeu en vaut la chandelle. Au troisième trimestre 2010, le marché chinois de la recherche par Internet a crû de 59% pour atteindre 3,13 milliards de yuans (471 millions de dollars).

Walmart bientôt relégué au rang de supérette de web
Alibaba a aussi fait des étincelles. Le groupe possède le très rentable site de vente en ligne Taobao. Ce site a déjà doublé ses ventes entre 2009 et 2010, pour atteindre les 60 milliards de dollars de biens échangés. 60 milliards de dollars.... vous avez bien lu.

A ce rythme de croissance, le commerce électronique chinois pourrait dépasser celui des Etats-Unis en quelques années.

Consécration suprême, les ventes du site pourrait même dépasser celles de Walmart d'ici 10 ans !

Les Occidentaux écartés. L'indépendance technologique prime
Les Occidentaux ont profité un temps du marché de l'Internet chinois. Cette période s'est achevée en 2010.

Alors que l'Inde compte plus que jamais sur Google ou Twitter, la Chine a écarté progressivement les icônes de la Silicon Valley. L'indépendance technologique est devenue une grande cause nationale.

Les compagnies occidentales ont été contraintes de s'allier avec des acteurs nationaux. Alibaba s'est allié à Microsoft. Baidu s'est associé au japonais Rakunen.

Quant aux vraies opportunités d'investissements, elles sont à rechercher parmi les valeurs montantes du net chinois.

La toile chinoise se diversifie
Les Chinois sont trop libéraux pour laisser un monopole se créer. Les sites Internet naissent donc dans tout le pays, et boostent les valeurs technologiques.

Il suffit de regarder le succès des introductions en Bourse. Le YouTube chinois, Youku, a bondi de 161% le premier jour de son introduction.

Et ne craignez pas la bulle Internet, les résultats suivent. Avec 203 millions de visiteurs par mois, le site attire déjà deux fois plus de visiteurs qu'eBay !

Les pépites chinoises 2.0
Les prochaines nouveautés Internet connaîtront le même sort.

Je vous conseille de regarder du côté des sites de jeux en ligne, qui connaissent une croissance impressionnante. Les sites de réseaux sociaux chinois se développent également à vitesse grand V.

Gardez ça en tête : sur la toile, la demande ressemble à n'importe quelle autre demande, seule la langue change...


Cet article a été publié dans l'Edito des Matières Premières le 07 mars

dimanche 3 avril 2011

Le cinéma indien, Tour de Babel ou marché émergent ? (2)

L'élève dépassera t-il le maître ?

Les choses changent en Inde. Ironiquement, c'est l'héritage d'Hollywood qui a donné à l'Inde les outils de son succès à l'international.

Les studios américains étaient très présents en Inde au début du XXème siècle.

Dans les années 1930, l'arrivé du cinéma parlant a changé la donne. En plus de faire disparaître les Lina Lamont de l'écran, il a entraîné un vaste mouvement de réappropriation du cinéma par les populations locales. Le mouvement de traduisit par le départ précipité des grands studios Hollywoodiens.

Pourtant, les indiens n'ont pas fait table rase de cette époque. Les studios indiens ont notamment conservé l'organisation hollywoodienne. Surtout, les indiens ont conservé la conception du cinéma comme un média « populaire ».

Revenir à une production indienne oui, mais production quand même...et industrielle de préférence.

C'est cette approche qui a donné au cinéma indien sa force, et sa capacité a s'imposer à l'étranger.


Le soft power indien en action

Sa capacité de production et une certaine proximité culturelle ont permis à New Delhi de s'imposer à l'échelle régionale. Le cinéma indien tient une place hégémonique au Sri Lanka, au Népal et même au Pakistan.

Mais au de-là de ces marchés, Bollywood a su trouver sa place bien au de-là de sa sphère régionale.

La force du soft power indien ne réside pas seulement dans sa capacité technologique à diffuser des films aux quatre coin du monde. Le conservatisme des films indiens, sur l'image du corps, sur la morale ou tout simplement sur les relations hommes femmes, a aussi été un argument de poids face au recyclage des codes du porno par les studios américains. Ce conservatisme a notamment permis de s'imposer dans les pays musulmans .

L'Asie du sud fait ainsi parti des marchés importants pour l'Inde. La Chine est également un client qui compte. Plus étonnant, l'Egypte est particulièrement attachée aux films indiens.

Conscient des capacités de sa soft power, l'Inde a protégé tout au long des années 1990 les intérêts de son industrie cinématographique. Lors du sommet de l'OMC à Seattle en 1999, elle s'est même joint à la France pour défendre «l'exception culturelle ».

Pourtant les années 2000 ont vu mûrir les réflexions de chacun. Aujourd'hui, indiens et américains semblent se retrouver au sein d'une communauté d’intérêts.


George Clooney, Brad Pitt et Tom Hanks bientôt produits par des studios indiens

A partir des années 2000, l'Inde a commencé à repenser sa stratégie à l'international. En se reposant sur la seule production de Bollywood, l'industrie du film indien courrait le risque de s'enfermer dans une vision kitch et folklorique.


L'Inde a ainsi mené une politique de séduction des marchés occidentaux au tournant des années 2000. La découverte Aishwarya Rai au festival de Cannes 2002 fut un des éléments de la stratégie indienne. En parallèle, les studios de Bombay se sont doter d'infrastructures modernes et d'une politique de coopération avec Hollywood.

Cette stratégie est en train de porter ses fruits. En se posant comme un trait d'union entre le cinéma populaire indien, et le cinéma commerciale hollywoodien, Bombay commence à brouiller la carte qui autrefois séparait le Nord du Sud.

Les plus grands réalisateurs, d'Oliver Stone à Steven Spielberg, envisagent désormais de produire des films en Inde. Disney et Warner y ont également des projets. A l'inverse, « Reliance Big Entertainement », le conglomérat indien, vient d'investir un milliard sur les studios Hollywoodiens.

Le temps de la lutte contre le colonialisme culturel semble bien loin. Chacun a finalement trouvé son avantage à commercer avec l'autre. Les studios hollywoodiens, confrontés à une stagnation des marchés occidentaux, recherchent à tout prix de nouveaux marchés qui ne seraient pas saturés du sourire de Tom Cruise (oui, ils existent). A l'inverse, les studios indiens cherchent à s'imposer sur des marchés où la place de cinéma dépasserait les 1$.

Pour l'instant, cette coopération ne semble pas conduire à des projets d'une grande originalité. Le prochain "Mission Impossible III" devrait se dérouler en Inde...

Les studios indiens courent ils le risque de s'autodétruire dans les 5 secondes ?