Mondes Emergents

Another BRICS in the world...

vendredi 27 mai 2011

La Chine bientôt en pénurie de charbon ?



Les Etats-Unis ont connu le pic du pétrole 30 ans avant tout le monde. La Chine imitera bientôt les Etats-Unis dans le charbon...

Alors que la consommation ne cesse d'augmenter dans l'Empire du milieu, le gouvernement commence à s'inquiéter de l'état de ses ressources. L'Etat a même été forcé de rationaliser la consommation.
L'image de "grenier à charbon" de la Chine pourrait bientôt disparaître.


Positif pour l'environnement ? Oui.
Positif pour le gouvernement ? Non.


Car la Chine aura besoin encore longtemps du charbon. Et avec l'épuisement de ses ressources, la Chine devient de plus en plus dépendante des importations. Or les prix internationaux du charbon explosent depuis un an.


L'appétit dévorant de la Chine fera des heureux : les producteurs de charbon qui sauront profiter de l'envolée des prix.

Les "cygnes noirs" font décoller le minerai
Les prix internationaux du charbon ont touché les 124 $ début mai.
Cette hausse a notamment été alimentée par deux événements inattendus (cygnes noirs):

  • le tsunami et la catastrophe nucléaire japonaise. La reconstruction nécessitera un surcroît d'importations de charbon.
  • les inondations. Les mines de charbon australiennes, sud-africaines et colombiennes ont été partiellement inondées. 15% de la production australienne serait perdue. L'offre est à la peine.

Mais surtout, c'est bien une tendance plus lourde qui porte le marché depuis un an : la consommation chinoise !


Le plus grand consommateur de charbon au monde
La Chine est à la fois le plus gros consommateur et le plus gros producteur de charbon au monde.

Qui plus est, le pays est assis sur les troisièmes réserves mondiales, derrière celles de la Russie et des Etats-Unis. En revanche, sa place sur le marché international du charbon était jusque-là relativement réduite, le pays étant auto suffisant en charbon jusqu'à très récemment.

Ces atouts lui ont tout de même permis de faire passer sa production de 646 millions de tonnes équivalents pétrole en 1999, à 1.552 milliards en 2009. Malgré ses efforts côté production, cela n'a pas suffi. Sa consommation exponentielle a changé la donne.

La production n'arrive plus à suivre
Rien que pour le premier trimestre 2011, la consommation d'électricité a augmenté de 12%. La rapidité de l'électrification du pays a laissé la production à la traîne.

Les producteurs chinois comme Shenhua Energy et Yanzhou Coal Mining ont longtemps permis de maintenir la production à des rythmes très élevés. La production a encore augmenté de 15% en 2010.

Mais ce rythme est désormais bien en dessous du niveau de la consommation. Les importations ont ainsi dû augmenter de 42% la même année.

Aujourd'hui, la Chine arrive à gérer la pénurie, forçant des industries énergivores à fermer ponctuellement (c'est le cas des hauts-fourneaux aluminium par exemple).

Les émergents font la fortune des charbonniers
La Chine n'est pas la seule à compter majoritairement sur le charbon qui fait 80% de son électricité.
L'Inde utilise énormément le charbon pour produire son électricité. Les rythmes de consommation ont ainsi été similaires. La consommation indienne a augmenté de 50% sur les
sept dernières années.


Une coûteuse rationalisation
A la consommation chinoise effrénée s'ajoute un autre phénomène qui pousse les cours à la hausse : la rationalisation de l'industrie charbonnière chinoise.

L'Etat communiste est de plus en plus concerné par les risques environnementaux liés au charbon. Le gouvernement a ainsi ordonné la fermeture des petites mines jugées illégales ou trop dangereuses.

La décision a été catastrophique pour les régions fortement accros au charbon. Pour la seule région du Shanxi, la production a baissé de 10% fin 2009 du fait de l'arrêt brutal des centrales. Cette région a dû augmenter de 171% ses importations pour faire face à l'arrêt brutal de sa production.

Cette rationalisation pourrait laisser le pays dans une situation d'importation jusqu'en 2015.

Le contrat sur le charbon décolle
La hausse de la consommation et la baisse de la production ont conduit tout naturellement à une explosion des prix.

Les contrats passés entre les producteurs et Pékin ont atteint des chiffres jamais vus. Pour 2011-2012, la géant minier Xstrata a conclu un contrat avec le Japon à 130 $ la tonne. C'est une augmentation de 32,6% en à peine un an.

L'Australie et l'Indonésie sortent gagnants
Les principaux producteurs de charbon asiatiques sont évidemment les grands bénéficiaires de l'appétit chinois et indien.

Selon l'Energy Information Administration, les exportations australiennes en direction de l'Asie devraient augmenter de 64% d'ici 2035. Sur la même période, les exportations de l'Indonésie devrait augmenter de 26%.


Cet article a été publié sur www.edito-matieres-premieres.fr

samedi 14 mai 2011

La Chine, art, spéculation et poissons monochromes

Il semble bien loin le temps où Simon Leys décrivait l'asphyxie culturelle de la Chine. Jiang Qing aux commandes, les bibliothèques regorgeaient alors des œuvres de Mao et les opéras étaient au nombre de 4. L'art avait alors été vidé, asséché, dévitalisé par la veuve Mao qui pourtant aurait excellé dans le rôle de la mère Thenardier.

En mars dernier, Pékin vient de mettre une corde de plus à son arc : l'art. Ou plutôt le marché de l'art. La Chine est devenue le deuxième marché de l'art dans le monde devant l'Angleterre, pourtant mère patrie de Christie's.


Quand Baishi Qi passe devant Andy Wharol

La Chine était déjà très présente sur le marché de l'art.

Parmi les 10 artistes les plus cotés au monde, 4 sont chinois. Picasso est suivi de Baishi Qi (photo), puis de Wharol, pour retrouver ensuite Daqian Zhang et Beihong Xu et Baoshi Fu. Et parmi les artistes contemporains, les chinois s'imposent également. Dans le top 10, après Basquiat, Koons et Prince, suivent 6 artistes chinois.

La Chine possède également des maisons de ventes. Derrière Sotheby's et Christie's pointe 7 maisons chinoises, comme Poly International ou China Guardian.

Je ne crois pas aux coïncidence, comme à l'émergence d'une génération spontanée de talent. J'ai plus tendance à croire aux coups de projecteurs et aux investissements spéculatifs. Dans ce secteur, la Chine s'en sort pas trop mal...


La subversion commerciale

On ne peut pas dissocier la montée en puissance de la Chine actuellement et le boom de son marché de l'art. Oui, j'enfonce les portes ouvertes. Les quelques lignes qui suivent s'adresseront donc à toi, lecteur naïf qui pense encore que Ben est original et Bernard Buffet a du talent.

Je me souviens d'un numéro de la série Strip Tease, de France 3, qui avait été consacré entièrement au collectionneur d'art Pierre Hubert. L'émission le suivait notamment en Chine faire le tour de plusieurs ateliers. La façon d'acheter les toiles m'avait sensiblement rappelé le choix attentif que je porte tous les samedi matin à acheter mes tranches de jambon. La comparaison vaut aussi lorsque je dois investir une forte somme dans une nouvelle paire de chaussettes.

Le collectionneur sillonnait au pas de charge les ateliers et achetait en vrac. Mais le plus intéressant était la qualité des toiles. Acidulées, faussement politiquement incorrect. On aurait pu les rapprocher de Lichtenstein si ces artistes avaient eu à leur disposition plus d'un stabilo jaune, et avaient eu du talent.

Mais le collectionneur avait repéré le trio gagnant :

    Sujets politiques + Couleurs fluos + Émergence de la Chine


Les fonds d'investissement, ou le goût de l'art

Cet exemple illustre une tendance, le marché de l'art chinois est devenu un eldorado pour les fonds d'investissement en quête de placements. L'art, c'est un peu comme les métaux précieux ou les sacs Hermès, leur marché est souvent épargné par les krachs boursiers.

Ce mouvement spéculatif a été illustré avec le succès foudroyant de Zhang Xiaogang (photo). Début Avril, cet artiste réalisait un record pour une œuvre contemporaine chinoise, avec la vente d'un triptyque pour 7.1 millions d'euros. L'artiste avait déjà flambé dans les années 2000, où une œuvre vendue à 40 000 euros en 2003 avait atteint 2.3 millions en 2006.

Le succès de la collection Ullens, décrite par les Echos du 15 avril, avait également été expliquée par l'arrivée d'un fonds d'investissement américain.


Les émergents déplacent le centre de gravité de l'art

Vous l'avez remarqué, la Chine n'est pas le seul pays émergents. Le Moyen Orient ou l'Inde décollent aussi depuis 10 ans. Et leur marché de l'art également....quand je vous dis que les coïncidences n'existent pas.

Sotheby's a annoncé récemment que le marché du Moyen Orient connaissait le plus fort taux de croissance dans le monde. De même, L'Inde commence à remuer, portée par le portefeuille sans fonds des grandes familles indiennes comme les Mittal ou les Ambani.

La conclusion apparaît bien simple. En art comme en immobilier, l'argent va là ou le marché est porteur. Peu importe que les artistes locaux se rapprochent plus de Combas que de Picasso....

dimanche 24 avril 2011

Pourquoi les BRICS dominent l'industrie minière internationale



Ce lundi, mon patron s'est tourné vers moi, le regard illuminé, et m'a déclaré tout de go : « il serait pas temps de sortir un petit article sur les Terre Rares ? »

Tout heureux qu'un mois se soit déjà passé depuis mon dernier article sur le sujet, il a alors estimé que nos lecteurs risquaient d'oublier THE sujet du moment, THE sujet explosif, THE

thème qui nous fait bondir nos abonnements !

Et je dois avouer, je suis chaque fois étonné qu'autant de gens ignorent encore l'importance de ces 15 métaux. Non pas parce que je passe la moitié de mon temps à écrire dessus, mais parce qu'ils sont vraiment importants.

Voiture électrique, aéronautiques, panneaux photovoltaïques, Ipod, voire frigo intelligent et ampoule basse consommation...nous dépendons tous des terres rares.

Même ma grand mère, qui refuse pourtant obstinément de lire Roger Martin du Gard sur le Ipad que nous lui avons offert à Noël...


La partie émergée du terril

Le sujet est de plus en plus médiatisé depuis que nous nous sommes rendu compte que la Chine produit 95% des Terres Rares dans le monde.

Si vous voulez plus de détails, j'ai publié en janvier dernier sur ce blog un article spécifiquement sur les Terres Rares.

Au de-là des Terres Rares, c'est l'effet zoom de cette question qui m'intéresse.

Chine + High Tech + Énergies Renouvelables, j'étais sur d'attirer quelques lecteurs à la recherche de sensation forte.

Mais le cas des Terres Rares ne représente que la partie émergée de l'iceberg (ou du terril, si vous préférez...).

La réalité, c'est que les pays développés ont perdu la main dans l'ensemble de l'industrie minière. Et franchement, nous avons donné le bâton pour nous faire battre...


Quand l'École des Mines s'occupait encore des mines

Dans les années 1960 et 1970, la formation des géologues tournait à plein. Aidés désormais des moyens les plus modernes (géochimie, géophysique, méthodes spatiales...), ces ingénieurs ont multiplié les découvertes.

A tel point que dans les années 1990, le monde de la géologie est tombé dans une ère de glaciation. Pourquoi creuser le sol, alors que nous possédons déjà tous les métaux, et en grande quantité ?

Nous avons alors délocalisé, déjà, ce que nous considérions désormais comme une production trop salissante, pas assez « économie 2.0 ». La production des Terres Rares notamment a été confiée à la Chine, puis ce fut le cas de l'aluminium à la Russie, et du fer au Brésil.

Le problème, c'est qu'avec le retour de la demande au tournant des années 2000, ces producteurs se sont alors retrouvés sur de petits tas d'or.

C'est là que l'histoire commence à mal tourner pour nous.


Le retour de l'enfant prodigue

C'est à partir des années 2000 que nous avons vu fondre sur nos petites gloires nationales les grands groupes industriels des pays émergents.

Péchiney et Arcelor en France, Chaparral aux États-Unis ou encore Inco au Canada, ont vu arriver les Vale, les Mittal, les Chinalco, les Bao steel...

Ces groupes se sont depuis diversifier, et ont réussi à passer du low tech au high tech minier.

Désormais, nous achetons notre fer, notre cuivre, nos terres rares aux émergents.

Par suffisance, par aveuglement, nous avons raté, en particulier les pays d'Europe continentale, le retour de la mine parmi les secteur de croissance. Nous payons aujourd'hui, selon les mot de Benoit de Guillebon, notre attitude « néo-colonialisme » des années 1990.



samedi 16 avril 2011

Le Brésil vampirisé par la Chine


Ce blog n'a encore jamais traité de la puissance brésilienne. Attiré comme beaucoup par les sirènes de la renommée chinoise, je me suis souvent tourné vers l'Asie pour décrypter ces mondes émergents.

Pourtant, à voir le Brésil sur la scène internationale, l'habit de grande puissance n'a pas l'air de le gratter dans le dos.


Béni par la nature et par les Borgia

Devant la balkanisation de la partie espagnole de l'Amérique du sud depuis 2 siècles, la puissance du Brésil s'est imposée naturellement.

Le pays possède 3 atouts majeurs :


  • Une géographie favorable, sans Cordillère pour isoler des régions entières.
  • L'unité du territoire jamais remis en cause par un quelconque conflit.

  • L'absence de conflit entre indiens et européens pour miner la cohésion sociale.

Dans les faits, cette puissance s'est traduite par un ministère des affaires étrangères puissant et efficace, l'Itamaraty. Ce ministère a ainsi été le bras armé de la politique de Lula, qui visait à placer le Brésil au centre du jeu international.

L'idée était de se servir des institutions internationales comme d'une plateforme, voire comme d'un ins

trument, pour contester l'architecture internationale. Cette architecture, c'était l'œuvre des architectes libéraux censés refonder le monde.

Vous savez, c'était le temps des fantasmagoriques années 1990, où l'on croyait que la géoéconomie allait remplacée la géopolitique, et U2 les Rolling Stones...


BSF, Brésil-Sans-Frontières

Le Brésil des années 2000, des années Lula en clair, a ainsi multiplié les initiatives diplomatiques.

Dans un premier temps, l'idée était d'institutionnaliser la stratégie des ONG anti-mon

dialisation des années 1990. Ces ONG avait bien réussi à bloquer le sommet de l'OMC à Seattle. Le Brésil allait les copier, mais en agissant au sein de l'OMC. Ce sera le sommet de Cancun.

Dans un deuxième temps, le Brésil a créé ses propres sommets. Brasília a ainsi réussi à se placer au centre d'un nombre considérable d'organisations et de sommets en tout genre : UNASUR, G20, G77, Isba, BRICS, Sommet Pays Arabes, rapprochement avec les États-Unis, rapprochement avec l'Afrique...

On parlait de « pactomanie » dans les années 1950 pour désigner la politique étrangère américaine. Le Brésil a inauguré la « sommetomanie ».


Une puissance agricole, qui risque de le rester

Pourtant, à vouloir parler avec tout le monde, le Brésil est progressivement devenu inaudible. C'est l'interrogation d'Alain Rouquié, spécialiste de l'Amérique latine contemporaine, lorsqu'il se demande : « le Brésil aurait-il (…) perdu sur tous les tableaux en hésitant entre le proche et le lointain ? ».

Personnellement, c'est en regardant le sommet des BRIC que je vois apparaître les principales faiblesses brésiliennes.

Le Brésil est présenter de plus en plus comme la « ferme du monde », au coté de « l'usine du monde » chinoise et du « bureau du monde » indien.

On retrouvait déjà l'agriculture au sein du blocage des négociation OMC à Cancun. La Brésil avait capitaliser, avec succès, sur la vitalité de son agriculture pour agréger autour de lui les pays agricoles du sud.

Or aujourd'hui, le Brésil est passe d'être cantonné au rôle de grenier par la Chine.


Le Brésil redécouvre la théorie de la dépendance

Depuis 10 ans, le commerce entre la Chine et le Brésil a augmenté de 1300 %. De quoi donner un peu de cohérence au sommet BRICS.

Mais ce rapprochement s'apparente de plus en plus à une voie sans issue. Alors que le Brésil exporte de plus en plus de matières premières vers la Chine, ses importations de biens manufacturés ont augmenté de 60% en 2010 !

Le danger d'une spécialisation dans le boisseau de soja devrait pousser le Brésil a prendre ses distances avec la Chine. Déjà, Brasília vient de se ranger derrière les américains pour demander une réévaluation du yuan.

A quand la demande de libération de Lu Xiabo ?

mardi 5 avril 2011

Internet chinois, un plan de 600 milliards de dollars pour se développer


Oubliez l'"usine du monde", oubliez le "made in China"... la Chine fait sa révolution numérique !

Le nombre d'ordinateurs par famille décolle, le nombre d'internautes monte en flèche, et surtout, les achats en ligne explosent.

Pourtant, cette dynamique montante ne profite pas aux leaders type Google ou Microsoft. Non, la Chine possède déjà ses propres acteurs.

C'est la tendance majeure, la toile parle de plus en plus chinois.

Heureusement pour vous, je me suis mis au chinois récemment...

Le gouvernement veut mettre en orbite les technologies de l'information
Dans l'Edito, nous avons toujours été impressionnés par l'efficacité du volontarisme chinois. Et pour cause. En quelques années, il a permis de construire des géants mondiaux dans les mines et l'énergie.

Aujourd'hui, le gouvernement met le paquet sur les technologies de l'information. Il est grand temps pour nous de s'y intéresser.

Une ambition affichée depuis 2006
Depuis 2006, Pékin prépare le décollage des technologies de l'information. A cette date, le plan quinquennal de développement misait sur quelques secteurs technologiques seulement. De grands groupes sont alors sortis de terre, comme Huawei.

En 2011, la Chine procède différemment en listant les technologies qui lui manquent.

L'objectif est clair : calibrer le prochain plan quinquennal 2011-2016 sur les technologies.

600 milliards de dollars sur 5 ans
Pékin a bien compris que l'avenir se jouera dans les NTIC (Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication). Le plan quinquennal de développement 2011-2016 dévoilé ces jours-ci devrait le confirmer :

Le gouvernement aurait l'intention d'investir 600 milliards de dollars sur 5 ans !

Les technologies de l'information seront au coeur de sa stratégie de développement. 600 milliards sur 5 ans... C'est énorme.

Le cas échéant, pas de doute. 2011 sera l'année où il faudra se placer sur cet immense marché.

Le marché chinois représente une opportunité gigantesque
La Chine est potentiellement le plus grand marché du monde de l'Internet. Un Chinois sur trois est internaute, ce qui représente déjà 400 millions de clients !

Et le taux de pénétration d'Internet en Chine s'accélère. Il va rapidement atteindre le pourcentage américain (90%). Cette accélération signifie que l'on pourrait approcher le milliard d'internautes d'ici 2020 ou 2015 !

L'enjeu financier est énorme.

Le marché numérique chinois pesait déjà 420 milliards de dollars en 2008. Avec un taux de croissance de 20% par an, imaginez les profits possibles !

Les géants chinois se frottent déjà les mains...

Baidu, Alibaba et Tencent, les trois dragons chinois du web
Les acteurs de l'Internet chinois montent en puissance. Leur stratégie est simple : copier les fleurons de la Silicon Valley en ajoutant une touche asiatique.

La méthode a réussi.

Le moteur de recherche chinois Baidu en est un symbole. En quelques années, il a évincé Google. Aujourd'hui, il s'est imposé comme LE moteur de recherche du pays avec 70% de parts de marché.

Le jeu en vaut la chandelle. Au troisième trimestre 2010, le marché chinois de la recherche par Internet a crû de 59% pour atteindre 3,13 milliards de yuans (471 millions de dollars).

Walmart bientôt relégué au rang de supérette de web
Alibaba a aussi fait des étincelles. Le groupe possède le très rentable site de vente en ligne Taobao. Ce site a déjà doublé ses ventes entre 2009 et 2010, pour atteindre les 60 milliards de dollars de biens échangés. 60 milliards de dollars.... vous avez bien lu.

A ce rythme de croissance, le commerce électronique chinois pourrait dépasser celui des Etats-Unis en quelques années.

Consécration suprême, les ventes du site pourrait même dépasser celles de Walmart d'ici 10 ans !

Les Occidentaux écartés. L'indépendance technologique prime
Les Occidentaux ont profité un temps du marché de l'Internet chinois. Cette période s'est achevée en 2010.

Alors que l'Inde compte plus que jamais sur Google ou Twitter, la Chine a écarté progressivement les icônes de la Silicon Valley. L'indépendance technologique est devenue une grande cause nationale.

Les compagnies occidentales ont été contraintes de s'allier avec des acteurs nationaux. Alibaba s'est allié à Microsoft. Baidu s'est associé au japonais Rakunen.

Quant aux vraies opportunités d'investissements, elles sont à rechercher parmi les valeurs montantes du net chinois.

La toile chinoise se diversifie
Les Chinois sont trop libéraux pour laisser un monopole se créer. Les sites Internet naissent donc dans tout le pays, et boostent les valeurs technologiques.

Il suffit de regarder le succès des introductions en Bourse. Le YouTube chinois, Youku, a bondi de 161% le premier jour de son introduction.

Et ne craignez pas la bulle Internet, les résultats suivent. Avec 203 millions de visiteurs par mois, le site attire déjà deux fois plus de visiteurs qu'eBay !

Les pépites chinoises 2.0
Les prochaines nouveautés Internet connaîtront le même sort.

Je vous conseille de regarder du côté des sites de jeux en ligne, qui connaissent une croissance impressionnante. Les sites de réseaux sociaux chinois se développent également à vitesse grand V.

Gardez ça en tête : sur la toile, la demande ressemble à n'importe quelle autre demande, seule la langue change...


Cet article a été publié dans l'Edito des Matières Premières le 07 mars

dimanche 3 avril 2011

Le cinéma indien, Tour de Babel ou marché émergent ? (2)

L'élève dépassera t-il le maître ?

Les choses changent en Inde. Ironiquement, c'est l'héritage d'Hollywood qui a donné à l'Inde les outils de son succès à l'international.

Les studios américains étaient très présents en Inde au début du XXème siècle.

Dans les années 1930, l'arrivé du cinéma parlant a changé la donne. En plus de faire disparaître les Lina Lamont de l'écran, il a entraîné un vaste mouvement de réappropriation du cinéma par les populations locales. Le mouvement de traduisit par le départ précipité des grands studios Hollywoodiens.

Pourtant, les indiens n'ont pas fait table rase de cette époque. Les studios indiens ont notamment conservé l'organisation hollywoodienne. Surtout, les indiens ont conservé la conception du cinéma comme un média « populaire ».

Revenir à une production indienne oui, mais production quand même...et industrielle de préférence.

C'est cette approche qui a donné au cinéma indien sa force, et sa capacité a s'imposer à l'étranger.


Le soft power indien en action

Sa capacité de production et une certaine proximité culturelle ont permis à New Delhi de s'imposer à l'échelle régionale. Le cinéma indien tient une place hégémonique au Sri Lanka, au Népal et même au Pakistan.

Mais au de-là de ces marchés, Bollywood a su trouver sa place bien au de-là de sa sphère régionale.

La force du soft power indien ne réside pas seulement dans sa capacité technologique à diffuser des films aux quatre coin du monde. Le conservatisme des films indiens, sur l'image du corps, sur la morale ou tout simplement sur les relations hommes femmes, a aussi été un argument de poids face au recyclage des codes du porno par les studios américains. Ce conservatisme a notamment permis de s'imposer dans les pays musulmans .

L'Asie du sud fait ainsi parti des marchés importants pour l'Inde. La Chine est également un client qui compte. Plus étonnant, l'Egypte est particulièrement attachée aux films indiens.

Conscient des capacités de sa soft power, l'Inde a protégé tout au long des années 1990 les intérêts de son industrie cinématographique. Lors du sommet de l'OMC à Seattle en 1999, elle s'est même joint à la France pour défendre «l'exception culturelle ».

Pourtant les années 2000 ont vu mûrir les réflexions de chacun. Aujourd'hui, indiens et américains semblent se retrouver au sein d'une communauté d’intérêts.


George Clooney, Brad Pitt et Tom Hanks bientôt produits par des studios indiens

A partir des années 2000, l'Inde a commencé à repenser sa stratégie à l'international. En se reposant sur la seule production de Bollywood, l'industrie du film indien courrait le risque de s'enfermer dans une vision kitch et folklorique.


L'Inde a ainsi mené une politique de séduction des marchés occidentaux au tournant des années 2000. La découverte Aishwarya Rai au festival de Cannes 2002 fut un des éléments de la stratégie indienne. En parallèle, les studios de Bombay se sont doter d'infrastructures modernes et d'une politique de coopération avec Hollywood.

Cette stratégie est en train de porter ses fruits. En se posant comme un trait d'union entre le cinéma populaire indien, et le cinéma commerciale hollywoodien, Bombay commence à brouiller la carte qui autrefois séparait le Nord du Sud.

Les plus grands réalisateurs, d'Oliver Stone à Steven Spielberg, envisagent désormais de produire des films en Inde. Disney et Warner y ont également des projets. A l'inverse, « Reliance Big Entertainement », le conglomérat indien, vient d'investir un milliard sur les studios Hollywoodiens.

Le temps de la lutte contre le colonialisme culturel semble bien loin. Chacun a finalement trouvé son avantage à commercer avec l'autre. Les studios hollywoodiens, confrontés à une stagnation des marchés occidentaux, recherchent à tout prix de nouveaux marchés qui ne seraient pas saturés du sourire de Tom Cruise (oui, ils existent). A l'inverse, les studios indiens cherchent à s'imposer sur des marchés où la place de cinéma dépasserait les 1$.

Pour l'instant, cette coopération ne semble pas conduire à des projets d'une grande originalité. Le prochain "Mission Impossible III" devrait se dérouler en Inde...

Les studios indiens courent ils le risque de s'autodétruire dans les 5 secondes ?


dimanche 27 mars 2011

Le cinéma indien, Tour de Babel ou marché émergent ? (1)


Jim Carrey dans le prochain Shekhar Kapur !

C'est le genre de couverture auquel « Première » et « Cinéma » devraient s'attendre dans les années à venir.

Encore récemment, c'est Steven Spielberg qui faisait sensation en annonçant sa collaboration avec le conglomérat indien « Reliance ADA ».

Oui, Hollywood et Bollywood travaillent ensemble, au point de ne pas savoir lequel a piqué le nom de l'autre en premier....

La raison est simple, le cinéma indien évolue. Plutôt, le marché du film indien s'étend. Vers ses voisins d'abord, en Asie ensuite, et désormais aux États-Unis.

Ça y est, vous arrivez à voir Jim Carrey avec un Bindi sur le front ?

L'ouverture à l'international
Le marché indien fait figure d'exception parmi les émergents. Relativement fermé sur les grands secteurs (distribution, énergie, finance), l'industrie du divertissement s'est ouverte très tôt aux investissements étrangers.

C'est en 1991 que le mouvement est lancé. En 1992, l'interdiction de sous-titrer les films est levée. Avec une population majoritairement analphabète et non-anglophone, la barrière ressemblait plus à un rempart...

Des groupes comme News Corp débarquent alors, attirés par l'ampleur du marché et l'importance du cinéma.

La déferlante des blockbusters endiguée
Ce mouvement contraste fortement avec la fermeture de pans entier de l'économie (la distribution multimarque est carrément interdite aux étrangers).

Habituellement, un secteur ne s'ouvre pas à la concurrence s'il n'a pas un avantage compétitif à l'international (ou alors c'est un ordre de Michel Camdessus ou de DS...). Est ce que l'industrie indienne du film se sentait assez forte pour pouvoir rivaliser avec les géants américains ?

Quoiqu'il en soit, les majors hollywoodiennes sont arrivées sur les écrans indiens, les classes moyennes citadines dans le viseur. L'échec fut immédiat.

Les studios américains ne digèrent pas les épices
En s'aventurant en Inde, les studios américains affrontaient un pan de la culture indienne adossée à plus de 60 ans d'histoire. Plus difficile à oublier qu'un film de Sundance...

Surtout, les studios concurrençaient une culture du cinéma profondément populaire, ce que l'on a appelé le cinéma masala. Le masala, c'est un mélange d'épices. Par extension, il désigne les films où l'on trouve de la danse, des chansons, du drame, de l'action et du romantisme....bref, la caricature du film dit de « Bollywood ».

C'est cette puissance du marché locale qui est apparue comme la principale force du secteur. Et aussi sa principale faiblesse...

La Tour de Babel du cinéma
La même cause a longtemps empêché le marché indien de s'internationaliser et les hommes de toucher le ciel : la Langue !

Associer Bollywood au cinéma indien a autant de sens que réduire la gastronomie française à la tête de veau, pourtant excellente... Chaque région produit ses propres films en fonction de sa langue. Au coté de Bollywood, on trouvera pêlemêle Mollywood, de l'État du Kerala, Tollywood, le cinéma bengalî, ou encore Kollywood, à Chennai (ancienne Madras).

Cette particularité, associée à des barrières tarifaires fortes pour les films étrangers, a longtemps isolé le cinéma indien des influences étrangères. Isolé oui, jusqu'à aujourd'hui...

A suivre...


vendredi 18 mars 2011

La Chine sauvera t-elle la "renaissance" du nucléaire ?



Chaque jour les « Une » de nos journaux se font de plus en plus tranchantes sur la question. Fin du nucléaire, divorce avec les marchés, survie de l'Atome, le nucléaire semble condamné.

Et embraient les opposants historiques au secteur, au son des « c'est pas faute de vous l'avoir dit ! »

Dans l'autre camps, le défenseurs du nucléaire se réfugient derrière un mot : Audit !

Clarté, transparence et honnêteté, les dirigeants se raccrochent à cette sainte trinité comme on se réfugie dans la prière lorsque l'on reçoit sa première feuille de paie (j'ai payé ce jour là mes longues années d'agnosticisme...)

Malgré ces vœux de sureté, le nucléo-scepticisme semble s'installer...en Europe.

Tchernobyl est dans toute les têtes. Pourtant la comparaison est loin d'être évidente.

L'accident de 1986 avait fait prendre conscience des dangers de l'atome. Une nouvelle génération de militants verts était ainsi rentrée en politique. Les gouvernements n'ont alors plus eu le choix. Ils ont donné un brutal coup de frein à leur programme nucléaire et les acteurs de l'atome ont sabré dans les effectifs et la R&D. Accessoirement, j'avais été privé de thym et de lait (particulièrement radioactifs) pour mes repas. N'ayant que 2 ans à l'époque, j'avais relativement bien supporté ces privations...

La glaciation des programme avait été permise par le contexte internationale. Le contre-coup du choc pétrolier avait fait sombrer le baril en dessous des 20$. Le gaz naturel était également en pleine chute. La transition était donc possible économiquement.

En 30 ans, c'est fou comme le monde a changé.

Une chose a changé en particulier, la Chine !
La « renaissance » du nucléaire est annoncée depuis quelques années. D'Allemagne, d'Italie, ou d'Europe de l'Est, nous nous réjouissons de voir des bataillons d'ingénieurs en herbe venir en France se former aux rudiments du proton et du notron... 

Pourtant, l'Europe ne fait rien à l'affaire. La « renaissance », ce sont les émergents qui l'ont faite. Et ce sont eux qui décideront de sa poursuite...

Depuis 2000, sur les 37 nouvelles centrales construites, 28 se trouvent chez les émergents. Pire, sur l'ensemble des projets prévus pour les 10 prochaines années, les pays du G7 sont responsables de seulement 3% d'entre eux ! 

C'est bien sur l'Asie qui tire le secteur.

En début de semaine, Pékin s'est rangé prudemment du coté des « auditeurs ». Un « examen exhaustif » de toutes les centrales a été lancé. Mais tout indique que la Chine n'a aucun intention d'abandonner son programme nucléaire. Elle ne le peut pas de toute façon...

Pékin a de moins en moins le choix de sa politique énergétique. Sa croissance incandescente, conjuguée à l'arrivée de 300 millions de nouveaux urbains d'ici 10 ans, va continuer de faire décoller ses besoins énergétiques. Si vous ajoutez les risques de la pollution, elle pourrait couter entre 6% et 10% de PIB, le calcul est simple :

Exode rurale + Pollution menaçante + Expansion économique = 

                                           E . P . R !

Le nucléaire est la clef de voute de la politique énergétique chinoise. Il lui permettra de réduire sa consommation d'énergie fossile tout en attendant que les technologies du renouvelable soient matures.

Si vous doutez encore des intentions chinoises, ce dernier détail est pour vous. Alors que l'« équipe de France » du nucléaire (l'équipe de 2010, pas de 1998) se met en ordre de bataille pour vendre son EPR de 3e génération, la Chine vient tout juste d'annoncer la construction d'un réacteur 4e génération !

vendredi 11 mars 2011

Les Révolutions arabes signent elles l'échec du consensus de Pékin ?


La réalité d'une Révolution proprement Arabe semble prendre forme jour après jour. Mais il ne faut pas se tromper. Ce ne sont pas les manifestations de la place Tahrir qui ont amené le changement de société, c'est le changement de société qui a amené la place Tahrir.

Je ne crois pas aux Révolutions Spontanées, comme je ne crois pas qu'il suffise d'envoyer sa lettre de motivation pour diriger Areva (bon, je l'ai envoyé quand même, sur un malentendu....)

C'est là que la thèse devient intéressante (je vous laisse juger de l'impartialité de ce dernier commentaire...). Intéressante pas forcément par les réponses qu'elle apporte, mais par les questions qu'elle pose. Karl Jasper considérait que « les questions sont plus essentielles que les réponses ». ça m'arrange bien, j'ai peu de réponse.....

Qu'est ce qui a changé si radicalement dans ces pays pour qu'un jour, la population décide de contester le pouvoir ?

En bon économiste de non-formation, je crois que l'économie a été un des facteurs majeurs qui a permis de faire bouger les lignes.

Les dictatures arabes, victimes de leur succès
Vous saviez que l'Égypte et plusieurs pays du Golfe faisaient partis des pays néo-émergents jusqu'en janvier dernier ?

L'Égypte avait même été officiellement intégrée dans un de ces acronymes qui réjouissent les financiers et soulagent les maquettistes des Echos. Michael Geoghegan, président d'HSBC, probablement partenaire de scrabble de Jim O'Neil, avait sorti l'acronyme « CIVETS ». Dans ce nouvel ensemble de pays émergents, le « E » désignait l'Égypte.

Le premier enseignement que j'en retire, c'est que l'émergence est un concept bien plus globale qu'un simple indice de richesse. Le deuxième, c'est que les dictatures ne sont pas capables de gérer un pays émergent.

Or la moitié de l'humanité est considérée comme « émergente » !

Si cette incompatibilité entre autoritarisme et émergence se vérifie, je connais un grand nombre de pays qui ont du soucis à se faire.

Le cocktail Dicature + Emergence a d'ailleurs un nom. C'est la définition même du « consensus de Pékin ».

La première concernée, la Chine et ses 11% de croissance, est bien consciente de la précarité de sa situation. Le pouvoir laisse régulièrement se déchainer sur Internet les campagnes anti-corruption pour éviter les explosions de colère dans la rue. Au passage, depuis quelques semaines, le PCC a arrêté de comptabiliser ces révoltes devant leur multiplication....

Ce phénomène n'affecte d'ailleurs pas seulement les dictatures. Le mouvement Naxalite en Inde, mouvement communiste révolutionnaire, ne s'est jamais mieux porté depuis que New Delhi enregistre 8% de croissance par an. L'énorme scandale actuel dans l'industrie des télécoms pourrait très bien servir de détonateur à un mouvement de révolte.

La question qui me permettra de finir sans apporter la moindre réponse est celle-ci : Est ce que les régimes autoritaires ou corrompus peuvent survivre à leur propre émergence ?

A votre bon cœur...

samedi 5 mars 2011

Les révolutions arabes, ou l'émergence d'un monde multipolaire

Depuis bientôt 2 mois, les populations arabes réveillent leur gouvernement à grands coups de manifestations géantes et de « tweeting » intensifs.

Le mouvement est abondamment commenté. « Historique », « Fondateur »......nous rivalisons tous de lourdeur pour louer ce soi-disant réveil des populations arabes.

Je crois que nous célébrons trop bruyamment des révolutions que nous ne comprenons pas. Sous un vernis moyen-oriental, notre analyse se résume à comparer ces mouvements à notre propre histoire.

« Printemps arabe », « casse toi pauv'con », enfin un vocabulaire que l'on connait ! Nous oublions que c'est le notre….

Nous commentons ces révolutions comme si nous nous regardions dans un miroir, et en plus, nous applaudissons.

Comme le remarquait Nabokov dans « la Méprise » (lisez Nabokov, évitez « La Méprise »), il est toujours plus facile de repérer les ressemblances que les différences.

Alors essayons de parler des différences. De toute façon, depuis que mon père a trouvé que je ressemblais à Raymond Marcellin, j'ai arrêté de chercher les ressemblances...

Les pays étrangers nous serons de plus en plus étrangers

Si les manifestants ont emprunté certains de nos codes révolutionnaires, leur ambition profonde reste de se réapproprier leur pays.

Je ne sais pas si la « démocratie » ou la « laïcité » seront célébrées par l'Egypte ou la Tunisie dans les années à venir. Mais quoiqu'il en soit, les régimes qui s'installeront dans ces pays seront plus « égyptien » et plus « tunisien » que les précédents.

Finalement, ces révolutions consacrent nos différences. Elles viennent de mettre un terme au monopole du modèle occidental. Un grand gouffre vient de s'ouvrir devant nous. Les dictatures laïques ne nous étaient au fond pas si étrangères. Nous savions comment traiter avec elles. Seront nous capable de nous adresser à un gouvernement islamique par exemple ? Nos bredouillements devant le gouvernement turc nous a donné un premier aperçu, et je ne parle pas de notre paralysie devant l'Iran....

Après l'émergence économique, voici donc venu le temps de l'émergence des valeurs et des intérêts.

Bienvenue dans un monde « multipolaire » !

Ce concept dont nous parlons tant et qui nous fait si peur....

lundi 28 février 2011

Les banques chinoises à l'assaut des marchés occidentaux



Ces dernières années, la Chine a fait le plein de matières premières. Pétrole, gaz, minerais...tout y est passé. L'Afrique a été son principal terrain de jeu.
Aujourd'hui, Pékin amorce un nouveau virage. La Chine regarde vers l'Europe et les États-Unis. Elle vient d'envoyer ses meilleurs éclaireurs : Ses banques.

Elles viennent de poser le pied à Paris, Madrid ou encore Los Angeles. 

En s'implantant à l'étranger, ce banques vont servir de plate-forme aux investissements chinois.

N'ayez pas peur ! Regardez plutot les opportunités que cela nous procure : Nous avons désormais un accès direct au marché chinois. Et au premier d'entre eux, le marché monétaire...
 
Le précédent africain : l'appel des 
matières premières Vous vous rappelez du fantasme de la Chine-Afrique ? Il s'était créé après que tous les pays africains se soient mis à commercer avec la Chine.

Dans sa stratégie, la Chine avait une arme secrète : ses banques.
En 2008, la plus grande banque chinoise de prêt, « Industrial & Commercial Bank of China » (ICBC) est arrivée en Afrique du Sud. Elle a investi 5.5 milliards de dollars pour acquérir 20% de la banque sud-africaine « Standard Bank ». Celle-ci était la plus grande institution prêteuse du continent. 

Les deux banques ont ainsi formé des dizaines de JV, et accordées de multiple prêts sur tout le continent.

Ce précédent servira de modèle pour le prochain rapprochement entre les banques occidentales et chinoises.

La Chine veut désormais faire son marché dans les pays développés Ivre de matières premières, la Chine veut passer au stade suivant : les marchés développés.

C'est la course aux matières premières qui a poussé les premiers groupes chinois à s'internationaliser. Les énergéticiens comme « CNOOC » sont ainsi devenus des champions de taille internationale.

Aujourd'hui, la Chine monte en gamme, ce qui accroit ses besoins. Toutes les compagnies chinoises sont donc prêtes à investir sur nos marchés. 

La Chine mise sur la croissance de l'Europe... 
Pékin a commencé à dévoiler ses centres d'intérêt. Volvo ou le port du Pirée en savent quelque chose. Et le mouvement ne fait que commencer... 


Ne vous laissez pas aveugler par le pessimisme ambiant, la Chine croit en l'Europe. Rappelez vous que le continent européen est son premier partenaire commercial. 

L'Europe apparaît aussi plus sérieuse que les États-Unis. Par exemple, Pékin apprécie le scepticisme européen devant le QE2 américain... 

Mais avant que les groupes chinois ne déferlent sur l'Europe, leur financement doit être assuré. Les banques se préparent donc déjà à l'assaut. 

...et sur sa faiblesse actuelle 
Les banques chinoises ont actuellement une fenêtre de tire idéale pour s'implanter en Europe. De nombreuses banques européennes sont en difficulté. Pékin pourrait choisir d'''aider'' ces banques. 

L'opportunité est d'autant plus grande que les banques européennes ne bougeront pas. Elles ont trop besoin de rassurer les marchés et de se rassurer sur leur solidité. 

Du coup, la Chine occupe le terrain. La banque ICBC vient d'ouvrir des représentations à Paris, Bruxelles, Amsterdam, Milan et Madrid. 

Les banques européennes dans le viseur de Pékin 
Les chinois s'intéressent de près au mouvement de consolidation bancaire européen. La banque « West LB » serait dans l'optique de Pékin. 

De même, la Chine pourrait profiter de la prochaine privatisation des banques anglaises « Royal Bank of Scotland » et « Lloyds Banking ». 

Les chinois avancent avec précaution 
Pour l'instant, la Chine marche sur des œufs. 

Les chinois sont terrorisés à l'idée de reproduire l'affaire « Unocal ». En 2005, la Chine avait voulu racheter un énergéticien américain. Le Congrès américain avait alors bloqué l'opération, dénonçant une menace contre la souveraineté du pays. 

Mais les mentalités ont évolué. Les européens et les américains voient d'un meilleur œil l'arrivée des investisseurs chinois. Désormais, la Chine ose racheter des banques américaines 

La Chine s'installe aux États-Unis 
Le leader « ICBC » a mis la main en janvier sur 80% des parts de la banque américaine « Bank of East Asia ». « ICBC » rejoint donc « Bank of China », déjà bien implantée dans le pays. 

Comme en Europe, le contrôle de « Bank of East Asia » est stratégique. Il servira avant tout de tête de pont pour les entreprises chinoises voulant s'implanter aux États-Unis. 



Le Yuan, bientôt disponible dans les meilleurs banques 
Ces mouvements dissimulent une ambition bien plus importante : L'internationalisation de la monnaie chinoise. 

Pékin a clairement montré des signes forts allant dans cette direction. En 2010, une première étape a été franchie avec la régionalisation du yuan, au sein de l'ASEAN.

Depuis janvier, on est rentré dans la deuxième étape. « Bank of China » permet désormais d'ouvrir un compte en yuan aux États-Unis.

On est ici face à l'enjeu majeur de l'année à venir : L'internationalisation du Yuan.

« ICBC » et « Bank of China » seront en première ligne lorsque Pékin décidera d'ouvrir les vannes monétaires. 

En attendant, la Chine avance ses pions, tranquillement...

mercredi 23 février 2011

L'Inde perdra bientôt son monopole dans les SSII





Dans le film « Slumdog Millionaire », le passionnant recueil d'idées reçues sur la société indienne, Danny Boyle ne pouvait passer à coté de la sous-traitance des services informatiques. 

Aussi visible qu'un moine tibétain dans une réunion d'actionnaires du CAC 40, ce secteur de l'activité indienne représente 60% du PIB indien.

Ce qui est étonnant avec ce succès, c'est qu'il semble défier les règles de la théorie économique du développement.

Récemment, un économiste expliquait que la croissance des économies asiatiques dans les années 1990 avait donné un cours d'économie à l'ensemble de la profession. La croissance de l'Inde, très différente de celle de l'Asie du sud est, pourrait en donner un autre.

Passer directement d'une économie agricole et sous-développée, à une activité de service, ça revient à entrer à Harvard en apprenant le nombre de lettres de l'alphabet.....26 si mes souvenirs sont bons.

Alors plongeons nous 3 lignes sur cette réussite. Une des explications avancées, parmi d'autre, serait la capacité qu'à toujours eu l'Inde de conserver une élite éduquée.

Malgré la pauvreté, malgré la proximité du matérialisme historique soviétique, une classe sociale a toujours conservé la liberté d'étudier.

Cette classe, c'est celle des Brahmanes.

L'explication est simple. Leur position sociale a toujours été préservée grâce à un élément : la société de castes. J'utilise « simple » par pur effet de langage, la société de caste est peut être une des organisations sociales les plus complexe qui soit.

Grâce à cette stratification rigide de la société, plusieurs universités sont devenues des centres d'excellence, comme le ITT ou le IIM, pendant que le pays essayait péniblement de sortir du sous-développement. C'est encore cette caste de lettrés qui a été le support de la politique de tertiarisation de l'économie indienne dans les années 1990. Ajouté à cela la parfaite maitrise de l'anglais, et le secteur a très rapidement décollé à l'international.

Bien sur, l'ascension a été favorisé par le départ d'IBM d'Inde en 1977, qui a laissé le champs libre aux ingénieurs indiens. Mais l'Inde a su parfaitement faire jouer ses atouts dans un contexte international de libéralisation des services.

L'Inde ne restera pas éternellement le « bureau du monde »
A l'avenir, s'il n'est jamais bon de dépendre d'un seul secteur, la concurrence étrangère risque de toute façon de réduire la part du secteur dans l'économie indienne.

D'abord, l'Inde n'est plus le seul pays de la zone à parler l'anglais. Si les diplomates chinois refusaient de parler un mot d'anglais dans les années 1990, ce n'est plus le cas. Surtout, les salaires indiens vont mécaniquement augmenter. Le paradoxe indien sur lequel s'est construit l'activité des services, le sous développement et la compétence technique, risque de disparaître avec la croissance des salaires.

Ainsi, soit le pays continue sa spécialisation dans les NTIC et monte en gamme, soit le pays équilibre son économie, et développe les autres secteurs.

La deuxième solution est en bonne voix. Le gouvernement vient de lancer l'énorme marché public des infrastructures indiennes.

Par contre, je n'ai jamais entendu parler d'une « caste des industriels »...

lundi 21 février 2011

De l'art de se serrer les coudes en milieu financier


Les grandes bourses du monde semblent être entraînées dans un long processus de concentration. Ça leur a pris d'un coup, comme une envie irrépressible de se rapprocher, de s'allier, de grandir. C'est beau...

Malheureusement, j'ai bien l'impression que le grand mouvement qui a affecté toute la planète ait été provoqué par...la peur !

Oui, la peur d'être concurrencé. Par qui ? Par deux acteurs majeurs. D'abord, on l'a lu à droite et à gauche, les plateformes de trading. Ces plateformes sont de petites entités traitant uniquement par informatique, avec un staff réduit et des produits spécialisés. Une bourse de poche en somme...

L'avantage, c'est que le développement des ces plateformes a permis à des pays qui n'avaient pas les infrastructures ou la formation financière d'attirer à eux des capitaux. C'est le cas exemplaire de l'Ile Maurice, qui est en train de devenir LA place de négoce des matières premières de l'Afrique de l'Est.

L'autre effrayante menace concerne bien évidemment les places boursières émergentes. Oui, je sais, elles sont toutes en chute libre depuis janvier.....mais permettez moi de placer un « néanmoins ». Néanmoins un mouvement d'émergence ne peut pas s'arrêter sur le premier passage à vide boursier. Disons que nous sommes dans un creux alors...

Le mouvement est d'autant plus important que c'est bien le réveil des bourses émergentes qui semble avoir été à l'origine de la recomposition. Singapour et Sydney ont annoncé l'année dernière qu'ils avaient l'intention de convoler. L'objectif : L'accès aux matières premières australiennes, et la liquidité de la place singapourienne.

Dans le même sens, le boom des matières premières, entrainé lui même par le boom des émergents (tout ça finira peut être par exploser un jour, je promets rien....), a conduit au rapprochement du LSE (London Stock Exchange) et de la bourse de Toronto, elle même bien fournie en valeurs sur les mines et l'énergie.

Bien sur, la fusion de Francfort et du NYSE-Euronext semble éclipser toute les autres. En terme de capitalisation, c'est une évidence. En terme de croissance, c'est...moins sur.

A plus long terme, l'épisode qu'il ne fallait pas rater, c'est celui-ci : Le rapprochement de la bourse de Sao Paulo et de celle de Shangaï. Double cotation et valeurs minières au menu !

La création d'un axe boursier Sino-brésilien, c'est aussi fou qu'une charnière Xavi-Iniesta, ou
qu'un duo Michel Gondry et Charlie Kaufman !



Pour l'instant, les pays émergents ne font que provoquer les vielles institutions de nos pays développés....mais après la crise d'adolescence, on continue de grandir, non ?